La lettre à Lulu
Lulu 90-91 - décembre 2015

Son of a beach ! La grande pétoche du râteau


Quand l’inscription sur le sable terrorise les autorités, le pataquès vire quasi métaphysique.


Épisode vendéen pour la saga Notre-Dame-des-Landes. Pas question qu’un grain de sable grippe la machinerie martiale façon Valls.

Les faits ? Le redoutable collectif de soutien Indre-Saint-Herblain conviait le 3 octobre le public à réaliser du « beach art » sur la plage de La Barre-de-Monts. Plus dangereux pour l’environnement et la sûreté du pays, y a pas. À quelques semaines de la Cop 21, «cette activité festive et bon enfant avait pour but de sensibiliser la population aux risques du réchauffement climatique et à la protection des zones sensibles». Légalistes, les organisateurs obtiennent l’autorisation de la municipalité. Mais pas de la subtile direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), ex-Équipement.

Raide dans ses tongs, l’administration oppose tardivement son veto, par mail. Ses raisons? imparables, pardon impayables : «L’activité prévue ne rentre pas dans la définition d’une utilisation normale de la plage» et entraînerait «des mouvements de sable pouvant endommager la laisse de mer et l’écosystème», d’autant que «L’association organisatrice n’a pas de lien avec les activités balnéaires». Argument ultime, la protection des lieux classés en zone Natura 2000.

Griffer le sable à coups de râteaux ne relèverait donc pas d’une «utilisation normale de la plage». Les pêcheurs à pied peuvent aller se faire voir. La Vendée ne doit pas avoir les même règles qu’ailleurs. Enduro, beach cross : chez les Chtis à Berck et au Touquet (depuis 40 ans malgré le périmètre Natura 2000 de la plage), ou chez les Basques à Hossegor, les motos et les quads labourent le sable sans scrupule avec l’aval des autorités.

Le littoral vendéen est, lui, hyper sensible : le passage à fleur de sable de râteaux, manipulés il est vrai par des zadistes narguant l’État, ou du moins l’état des lieux, ruinerait irréversiblement l’écosystème. Tant pis si, pendant le restant de l’année, touristes, chars à voile et tracteurs s’y défoulent à qui mieux mieux. De peur que ces mauvais esprits bravent la sommation administrative, les gendarmes ont usé et abusé de coups de fils, mettant en garde les responsables de la manifestation contre toute désobéissance. Lesquels ont fini par annuler leurs coups de râteaux d’une œuvre éphémère.

Mais un commando secret, mouvance ultra plagiste, est finalement passé à l’acte le 31 octobre. Certes, sur la plage des Tonnelles à Saint-Jean-de-Monts, non classée zone Natura 2000. Mais en toute clandestinité ! Appel de l’État major : envoyez le Charles-de-Gaulle, les Mirage, la Grosse Bertha, la brigade anti râteaux.

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