La lettre à Lulu
Lulu 82-83 - décembre 2013

Tare tag à la récré. Dialogue d’outre-bombe


Vandalisme ou œuvre d’art, soupape contrôlée ou transgression digne du bagne? Attention à l’attentat à la bombe.


Tare tag à la récré. Dialogue d’outre-bombe
Le tag, ça craint. Ça coûte une blinde à nettoyer. Un fléau. Une horreur.

Au gnouf

« Avec 138 000 m2 de graffitis nettoyés sur le territoire métropolitain et un budget de 1,2 million d’euros en 2012, les graffitis sauvages sont une véritable nuisance pour les habitants du territoire et leur enlèvement représente un coût important pour la collectivité », dit Nantes métropole qui revendique d’être plus performante dans « la lutte contre les tags, une priorité », et assume la répression coordonnée avec la police et la justice. Le code pénal prévoit jusqu’à 3 750 euros d’amende et des peines de travail d’intérêt général si les dégâts sont légers. Pour le nettoyage, c’est même un marché, sous-traité à des boîtes privées, comme HTP-antigraffiti, champion de l’hydrogommage qui balance du sable et de l’eau, et c’est paraît-il écolo.

Psssschitt attitude

Schizophrénie : le tag, c’est aussi une culture à choyer. Bon, d’accord, pas le graffiti sauvage, juste sa version apprivoisée, avec autorisation, gentil-gentil. En novembre 2011, le Lieu unique a présenté l’expo « Faire le mur » dédiée au graffiti indoor. Pour le Voyage à Nantes, l’été dernier, l’expo « Over the wall », un « parcours graffiti sans précédent » conviait une trentaine de barbouilleurs « de renom », avec cette explication : « Le graffiti, cet art vivant qui bouscule le paysage urbain, a littéralement “débordé” en s’invitant sur différentes surfaces… L’ambition de ce projet : faire de Nantes une ville emblématique du graffiti et plus globalement de la culture street art ». Dans le cadre de Spot, événement dédié aux jeunes à la mi-septembre, une « jam graffiti » a rameuté cent graffeurs en ville mais bien cadrés, dans les emplacements dûment autorisés par le « plan graff », avec arrêté municipal personnalisé, permettant à chaque graffeur identifié de laisser sa trace. À un mètre près, le même signe de peinture est de l’art officiel ou un motif de convoc’ au tribunal. Pourtant, quand c’est un espace autorisé, et que le message déplaît, Nantes métropole envoie sa brigade de repinturlureurs d’intervention, qui a un plan de recouvrement pour réduire au silence les rebelles du cadre autorisé. C’était le cas en 2012 pour masquer au plus vite l’inscription « où sont les gens du voyage à Nantes ? ». Nantes Métropole avait alors bredouillé que « le message ne correspond en rien à la démarche artistique pour laquelle ce mur est réservé ».

Résumons : le tag, au goulag, le graff en autographe. Incivilité sanctionnée ou culture aérosol encouragée, on s’emmêle les peintures.
Jean-Michel Masquiat

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