La lettre à Lulu
Lulu 69 - juillet 2010

Tintamair. L’aéroport qui ne fait pas assez de barouf


Jean-Marc Ayrault ne dort pas bien. Si les avions ne font pas assez de bruit, il pourrait bien perdre le droit de construire l’Île de Nantes, son chantier fétiche.


Tintamair. L’aéroport qui ne fait pas assez de barouf
Pour construire sous le barouf des aéronefs, Ayrault dispose d’une précieuse dérogation au «plan d’exposition au bruit» dit PEB*, de l’actuel aéroport. Dérogation suspendue à la création de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Pendant ce temps, il peut édifier l’Île de Nantes. Mais fin mai, un fonctionnaire de l’État vient de dire au sein de la commission environnement de l’aéroport (l’actuel), que ce plan est «largement surestimé». Oups ! Avant qu’il ne soit expédié en Sibérie, on a compris ces arguments: en nombre de passagers, le trafic n’a pas augmenté. Le nombre de mouvements d’avions a même diminué, tout comme les vols de nuit, spécialement gênants question chambard. D’où une copie à revoir. Ce que confirme le dernier rapport annuel de l’Acnusa, l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, pour Nantes : «Le bruit moyen aéronautique est plus faible en 2009 qu’en 2008».

Explication: les zingues ne volent pas sur la pointe des pieds. Alors, forcément, ils font du potin. Les technocrates ont la parade : le PEB, outil préventif lié au code de l’urbanisme*, réexaminé tous les cinq ans en fonction des évolutions et prévisions.

Première incidence: les permis de construire en zone rouge s’en trouvent interdits ou limités «pour ne pas augmenter les populations soumises aux nuisances». Le PEB de l’aéroport de Nantes-Atlantique a été pondu le 17 septembre 2004, doté d’une carte du bruit des avions qui a l’air d’une peau de tamanoir, comme si la bestiole avait été ratatinée sous un camion. Les pattes avant de cette dépouille raplapla s’étalent entre les Sorinières et le pont de Cheviré, les pattes arrière de part et d’autre du lac de Grand-lieu. La queue trempe dans le lac, la tête en pointe traverse l’Île de Nantes. Les pattes droites sont plus longues, comme celles d’un dahu. Voyez un peu l’monstre.

Mais c’est la tête qui pose problème. Si l’étalement des décibels s’étale sur l’Île de Nantes, c’en serait fini du nouveau cœur urbain, vitrine du développement et point fort du dispositif modernité-attractivité de Nantes. Cet argument d’un aéroport plus loin comme moyen de contrer l’étalement urbain, Ayrault l’a sorti le 12 octobre dernier à la presse locale: «Si nous maintenons l’aéroport de Nantes-Atlantique là où il est, il y a cette fameuse zone d’exposition au bruit qui va empêcher l’urbanisation, la construction de logements, de services, de façon inéluctable. La conséquence de ça, c’est d’aller construire encore plus loin. Et ça, ce n’est pas acceptable.»**

Pour l’élu Vert Ronan Dantec, c’est l’argument premier: «Je pense depuis longtemps qu’Ayrault n’a pas besoin de plus d’interconnections internationales, ni d’un nouvel aéroport. Ce n’est pas l’enjeu. Le TGV suffit pour rallier Roissy et bientôt Lyon par le barreau ferroviaire de l’Essonne (supposé entrer en service en même temps que l’aéroport de NDL s’il voit le jour). La clé de l’affaire, c’est que le plan d’exposition au bruit de l’actuel aéroport est une gêne pour l’urbanisation de l’île de Nantes, qui n’est possible actuellement que grâce à cette dérogation à ce PEB. Se libérer de toute entrave à l’urbanisme au cœur de Nantes, c’est pourtant la clef du problème, pas la création d’un aéroport de prestige pour une grande métropole internationale». Une opinion partagée par l’ancien maire de Notre-Dame, Pierre Guillard: «Il faut limiter le survol de Nantes pour permettre à Jean-Marc Ayrault de réaliser le projet d’aménagement de l’île de Nantes qui, autrement, serait bloqué par le plan d’exposition au bruit»***.

Si pour Jean-Jacques Rousseau, le bruit sourd de «toute émotion de l’air qui se rend sensible à l’organe auditif», ce qui émeut Jean-Marc Ayrault, c’est que les avions n’en fassent pas assez. « Si l’État avoue que ce plan est surdimensionné, il n’y a donc plus besoin de dérogation pour l’Île de Nantes. Et donc plus besoin de nouvel aéroport qui conditionne la dérogation. Ça offre une porte de sortie à Ayrault pour abandonner Notre-Dame-des-Landes », dit Ronan Dantec. Produire un nouveau PEB ? «Suffit de remouliner les données dans un ordinateur. Pas d’obstacle technique. Juste une volonté politique». Une telle décision dépend du préfet. Mais comment faire cette révision sans que ça fasse de bruit ?

Félix Potin
* «Son objet est de permettre un développement maîtrisé des communes avoisinantes sans exposer de nouvelles populations au bruit engendré par l’exploitation des aéroports». Charte de l’environnement, nuisances sonores, aéroport de Nantes-Atlantique, juin 2003
** Blog de Jean-Marc Ayrault
*** Presse-Océan, le 4 mars 2003i[

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