La lettre à Lulu
n°28/29-été

Tintin Rapporteur. L’audit qui bouche le port de Nantes


Sévère, l’audit sur les performances du Port autonome tourne au plan d’arrache pied de grue. Mais au pied du mur, la direction du port hésite à bouger un orteil. Et le rapport, classé top secret, a été noyé dans les archives. Vite une bouée !


Ni l’État, ni la Région ne paraissent avoir retenu les conclusions de l’audit KPMG sur le port autonome. Cet audit avait pourtant découvert de grands gisements de productivité”. Cette petite phrase lancée fin mars au Conseil régional par le maire de St-Nazaire Joël Batteux, n’a pas fait de remous. Le sujet abordé est du genre tabou. Parce que le port va forcément bien, et qu’on ne peut, par solidarité locale obligatoire, jeter de pavé sur les amarres. L’audit est d’ailleurs placé confidentiel-défense de communiquer. Au point que son évocation aux administrateurs du port en 1998 s’est faite hors procès verbal de la réunion. Pas mal pour une étude qui n’avait rien de clandestine, mais qu’on aurait bien noyée dans le bouchon vaseux de l’estuaire. Il suffit de redemander aujourd’hui officiellement une copie de cet audit pour voir la question remonter jusqu’au grand directeur, Gérard Patey himself, qui oppose un refus ferme : “Document de travail à usage interne”. Ce n’est pas parce que le Port autonome est largement subventionné par l’État et les collectivités locales qu’il doit dévoiler les coulisses de l’exploitation à n’importe qui. Têtu, Lulu s’est procuré ce machin dans d’autres eaux.

Titré “Évaluation des performances et actions de progrès”, l’étude confiée à la fameuse société KPMG, montre que tout ne baigne pas sur les quais. Après un an à faire causer les chiffres, les pontes et les partenaires du port, la synthèse de 84 pages scrute la rentabilité et le coût des différents services assumés par l’autorité portuaire. Le crédo de la performance économique, et le diktat de l’âpre concurrence laissent peu de marge à la poésie et au légitime droit à la paresse.
Premier constat : le Port de Nantes St-Nazaire est “jugé faible sur des critères importants par les clients” notamment les tarifs et la fiabilité, et jugé fort sur ce qui parait moins primordial au client : qualité des équipements et infrastructures, grues, portiques à conteneurs, quais, terre-pleins...

Dans la communauté portuaire, le sujet qui fâche, c’est les grutiers. Ils sont une quarantaine, salariés du port, très compétents, mais la mise en œuvre de leur talent, que personne ne conteste, n’a pas l’air d’être au top. “Les règles d’affectation du personnel entraînent une majoration de l’effectif nécessaire à l’exploitation (+ 55 à 70% pour les grutiers).” Mieux employés, ils seraient un atout local apprécié. “La part de conduite dans l’activité des grutiers reste faible, et le temps disponible n’est pas suffisamment exploité à des fins de production”, écrivent les experts de KPMG.

Restent que le taux d’encadrement, les coûts de maintenance, ou la mobilisation d’électriciens à faire le pied de grue quand une grue est en marche, sont ici supérieurs à ceux d’autres ports français ou étrangers. Ne parlons pas de “la gestion des pièces de rechange de l’outillage, dont le stock est supérieur à quinze mois de couverture et représente un coût annuel de deux millions de francs”. Compter les boulons de grue, ça manque un peu de largeur d’âme.

La direction générale se voit traitée de lourdingue avec un “niveau d’effectifs supérieur aux standards”, et une “faible productivité sur les activités comptabilité fournisseurs, contrôle des marchés et contrôle de gestion et du budget”. La dérive économiste mène donc à tout, même à salir le trafic maritime par des chiffres sans humanité. A croire que ces Kapéhèmegistes roulent pour les camionneurs et les cheminots. La fonction “finance-comptabilité” du Port coûte de 25 à 50% plus cher que la normale. Quant aux ressources humaines, elles souffrent de “coûts et de charges très supérieurs aux normes” : deux fois plus chers qu’ailleurs. A ce tarif, les problèmes doivent être deux fois plus résolus que dans les ports concurrents.

L’audit suggère : “Le port doit passer du statut de gestionnaire d’infrastructures à celui de prestataire de service”, pour satisfaire ses clients, par une qualité de service, des prix correspondant aux prestations, et une écoute des besoins dans les choix de développement. “Une nouvelle culture de gestion” s’impose donc. “Ben là, y’a du boulot” soupire un vieil habitué des quais. Exemple : aujourd’hui, quand les clients du port, agences maritimes et entreprises de manutention écrivent pour se plaindre de mauvais service, on leur répond à peine, juste pour dégager toute responsabilité. Jamais pour concéder : il y a un problème, parlons-en. Depuis le rapport, rien n’a vraiment bougé, constate un patron d’une entreprise de manutention.

Les rapporteurs de KPMG estiment qu’avec tous les efforts qu’ils proposent, on pourrait gagner trente millions de francs, mais avec des risques de troubles sociaux. Autrement dit, renégocier les effectifs, les protocoles et avantages, c’est s’asseoir sur un détonateur en se grattant les fesses avec une allumette. Et la froide mesure de la rentabilité n’aime pas les histoires de cul. Ça fait baisser la productivité.

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Audit externe, le rapport KMPG note que 11% de l’effectif de la direction générale est occupé à lancer audit interne sur audit interne. Pour pondre les “quatorze propositions pour Cheviré-Bois”, en 1997, il aura fallu deux ans et demi à deux fonctionnaires du Port autonome à temps plein. Normal qu’on prenne son temps. Ce serait malpoli de prendre le temps de son prochain.

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