La lettre à Lulu
Lulu 69 - juillet 2010

Touche pas à mon jackpot. Mise de fonds en comble


Pour les accros du jeu, les propagateurs du virus financent la recherche sur les pansements.


Nouveau jackpot pour le centre de recherche sur les accrocs du jeu. L’hôpital sponsorisé, pariez un peu qui a misé? Gagné! La Française des jeux, ce brave organisateur de pertes généralisées, mutualisés entre les clients. Un comble. En 2007, à la création du centre de recherche basé à l’hôpital Saint-Jacques, cette Française avait déjà financé 750 000 euros sur trois ans, les deux tiers du budget*. Le centre a déjà formé près de 300 professionnels de santé et mis en place une étude de suivi de joueurs.

Le même amuseur public remet 1,25 millions d’euros au pot en 2010 pour étudier comment on devient malade des jeux. Simple hasard : avec les casinos et le PMU, la Française des jeux est justement à la source du mal. Le virus inoculé, on se rachète vaguement une conduite en subventionnant les pansements... Au-delà des bandits manchots, du tiercé et du loto, le principal virus dit «addictogène» qui rend accro est une invention récente de la Française des jeux, le Rapido: petite mise, cases à cocher, résultat immédiat, gros rythme de renouvellement du jeu toutes les cinq minutes. 250 tirages par jour, adrénaline garantie, tout pour fabriquer des joueurs compulsifs, voire dépendants.

Témoignage d’une ancienne accro : «Ce jeu m’a rendue folle. J’y jouais 24 heures sur 24, je cherchais les cafés encore ouverts, je ne pensais qu’à ça. C’est comme une drogue à ciel ouvert mais sans déchéance physique. Le pire, c’est que ça ne se voit pas. Les salaires, le RMI, tout y passe et bien plus encore»**. Des gens comme ça ? Purs accidents.

La propre estimation de la Française des jeux concède 2% de «joueurs à problèmes» et 0,45 % de joueurs
pathologiques, soit quand même 200 000 personnes malades du jeu. Toute ressemblance avec d’autres «mécènes» n’est pas le fruit du hasard. À commencer par la «maison des parents» construite face au CHU de
Nantes en décembre 2006 avec 2,6 millions d’euros de Mac Do, sans doute pour mieux conseiller les petits malades à se retrouver bien portants jusqu’à l’obésité ; l’IEA, Institut des études avancées, ouvert au printemps 2009 avec un budget de 2,7 millions d’euros dont 13 % fournis par Veolia environnement et Suez environnement,
chacun connaissant «l’intérêt désintéressé» de ces deux groupes philanthropiques pour les relations Nord-Sud.
Tant pis pour les jeux de mots à deux balles sans sponsor : c’est quand même l’hôpital qui se fout de la charité.

La Française des jeux de mots appréciera.

* Le PMU complétait en allongeant alors 210 000 euros, l’hôpital assurant le reste.
** Métro, le 6 octobre 2009.

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