La lettre à Lulu
Lulu 76 - mai 2012

Un air de soufisance. L’étoile à neuf pointes au catalogue


Vous venez d’emprunter un bouquin au centre de cosmologie personnelle. Euh pardon, en fait, c’est la bibliothèque municipale. Et question ambiance, c’est pas très épanouissement et conscience de soi.


Un air de soufisance. L’étoile à neuf pointes au catalogue
Le personnel des bibliothèques nantaises a dû suivre l’an dernier une formation obligatoire de deux fois deux jours. Officiellement sur l’accueil. « On ne sait toujours pas à quoi ça servait. Une thérapie de groupe, peut-être », dit une des 123 agents de lecture publique qui a suivi en renaclant ces longues présentations théoriques de la programmation neurolinguistique, de techniques de relaxation et autres « simagrées ». Les psy se glissent dans le management. Le bilan restitué le 12 avril 2012 au personnel a accumulé les louanges et citations de salariées ravies, concédant juste une légère critique : « Une formation plus personnelle que professionnelle ». Suivant les groupes, la tendance a hésité entre résistance passive et clash, refus de participer à ces trucs new age. « C’est bidon, neuneu, alors qu’on a tellement besoin de vraie formation », ajoute une bibliothécaire.

Plus perso que pro, les techniques utilisée par la formatrice : programmation neurolinguistique, analyse transactionnelle, ennéagramme. Trois procédés de pseudo thérapie épinglés par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), regroupées sur la même page de son dernier rapport « Santé et dérives sectaires » publié en avril 2012.

C’est pas la joie dans les bibliothèques. L’esprit du métier est salement remis en cause, notamment par les achats de best sellers, choisis dans les meilleures ventes de librairie, y compris quand l’auteur est un raciste* notoire. Le mal-être surgit régulièrement. Le personnel, notamment la CGT, s’est ému en 2011 de la manipulation d’un audit : « pas acceptable qu’une version édulcorée supplée une version objective du ressenti des agents, et que, parce qu’elle ne valorise pas les choix imposées par la direction du service, le mal être des personnels se transforme en un plébiscite de l’encadrement ». Entre la première restitution aux salariées et le topo final, le malaise au travail a été bien arrondi des angles, « revalorisant l’équipe de cadres, dévalorisant les petites mains ». La deuxième version a ajouté du « verbatim d’usagers » de source inconnue, chargeant les personnels d’accueil parfois « aussi froids que des portes de prison », histoire de pondérer le premier jet, plus critique sur les conditions de boulot, les impératifs plus gestionnaires (« les chiffres, le nombre de prêts/nombre de personnes »). Le sens de la lecture publique fout le camp.

Pour ajouter au climat, les automates remplaçant le personnel, la polyvalence aux airs de « déprofessionnalisation, puisqu’à tout faire, les compétences sont niées », sont vécus comme de terribles pertes de sens du métier. Pire, des cas de harcèlement ont été dénoncés, sans avoir été résolus.

La formation a ajouté au malaise, même si ce stage a constitué pour certains « un bol d’air qui changeait de la pression habituelle ». Pittoresque, l’ennéagramme ? Ses vertus nichent dans un sigle coincé dans une rondelle, étoile à neuf pointes piquée chez les Soufis, dérivée d’un mix fumeux de psy et d’ésotérisme. Au bout de chacune des pointes de la figure, des traits de personnalité compulsive avec « un ordre précis de passage d’un point à un autre pour effectuer le travail sur soi sous la conduite d’un professeur », note l’Adfi, association de défense de la famille et de l’individu. « Une figure géométrique constituée par un polygone et un triangle inscrits dans un cercle (qui) vise à dresser une cartographie de l’esprit humain en classant les individus en neuf types de personnalités. L’ennéagramme est présent dans différentes méthodes apparentées au coaching et est souvent associé à d’autres techniques psychologiques telle que la PNL, programmation neurolinguistique, note la Miviludes. Ces pratiques de soins ou de bien-être non réglementées et non validées scientifiquement peuvent conduire à des dérives, soit en raison de leur dangerosité propre, soit en raison de l’absence de formation réglementée ou validée des praticiens qui les mettent en œuvre ».

Charlatabia

Pour la formation des bibliothécaires, ces trois méthodes ont été revendiquées et appliquées par Edith Guillerme**, la formatrice choisie par le CNFPT, Centre national de formation professionnelle territoriale. Interrogée par Lulu, la direction de la médiathèque renvoie au donjon de la communication municipale pour une réponse langue de bois : « Pour la Ville, cette formation s’est déroulée dans le cadre normal avec cet organisme prestataire reconnu avec lequel, comme tous les institutions territoriales, elle travaille pour la formation de son personnel. » Circulez, y a rien à voir. Au CNFPT, Catherine Gautier qui a fait le casting de la formatrice outillée ésotérique à neuf pointes, méthodes neuro machin et transactiobidule, « ces outils ne sont pas suspects. Seuls pourraient l’être ceux qui les utilisent, ce qui n’est pas le cas. Nos intervenants sont au-delà de tous soupçons. Nous sommes très vigilants. Pas question de manipuler qui que ce soit. » Faut pas se gourou, euh, se gourer (pardonnez ce lapsus neuro linguistique). 

* Le camp des saints de Jean Raspail, voir Lulu N° 72, « J’irai cracher sur vos livres ».
** Elle est aussi intervenue à l’Institut régional d’administration.

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