La lettre à Lulu
Lulu 52 avril 2006

United colors of boulot. Quand jsrai grand, jsrai diversifié


Mino visible, c'est pas un métier. Blaquebeur non plus.


En France, quand on veut tester son employabilité, mieux vaut être blanc et bien de souche depuis le moyen âge que noir ou beur, même bardé de diplômes. L'ascenseur social fait le tri au faciès. Certains employeurs ont découvert les bienfaits possibles du concept soft de «diversité» avec les dernières émeutes urbaines en direct à la télé. Mais ils réfléchissent en différé. Et entrouvrent petitement leurs portes aux «minorités visibles», comme les nomme le gouvernement Villepin. Mais alors juste les portes du sous-sol.

«On peut avoir des attitudes discriminantes sans s'en rendre compte», regrette un haut responsable SNCF lors d'une table ronde sur la diversité dans l'entreprise, le 18 mars dernier, à la cité des congrès à Nantes. Chez les cheminots, on dit que la France black-blanc-beur «est une chance» de refléter le panachage de la société française. Mais pour les embauches, faut pas rêver des postes clefs. D'accord, mais pas chez les cadres.

Exemples : Radhia, maîtrise de droit en poche, casée d'office* par l'ANPE dans les métiers de la restauration. Nora, assistante commerciale, fermement écartée dès l'entretien d'embauche pour un motif : trop maghrébine.

En Loire-Inférieure, 24 % des hommes actifs immigrés sont au chômdu. C'est trois fois plus que les non immigrés. 36 % des femmes actives immigrées pointent à l'ANPE, contre 10,3 % de femmes non immigrées dans toute la France. Aujourd'hui, la Cnil l'interdit mais beaucoup, à droite comme à gauche, voudraient des statistiques ethniques. La CFDT appelle à «avancer», dit son représentant régional Laurent Berger.

«Il faut mesurer la diversité dans le monde de l'entreprise. Sans cela, nous n'arriverons jamais à prouver que les Noirs et les Arabes progressent autant que les Celtes (sic)», remarque Pascal Bernard, le DRH des Eaux de Paris.

Il y a bien des sociétés qui estiment qu'embaucher un livreur de pizza issu d'une cité dite
«sensible» garantit non seulement la livraison mais aussi le retour du livreur et de sa mob. C'est sympa pour les pétrolettes. Président du Medef 44 et patron d'un Super U, Jean Leroyer emploie trois Algériens «dont un qui livre dans le centre ville et pas dans les quartiers» défavorisés. Bilan des courses ? «Je n'ai pas de problème». On est content pour lui. Faut dire, un rebeu pour servir les bourgeois du centre, c'est audacieux.

«Le racisme rend fou et parano», déplorait à Nantes le ministre à la Promotion de l'égalité des chances, Azouz Begag, en saluant une poignée de patrons nantais signataires de la charte sur la diversité dans l'entreprise**. Les sans-papiers ont leurs charters, les immigrés leur charte. Y'en a qui manquent pas d'r.


* Ouest-France, le 15 février 2006
** Mise en place, il y a un an, la Charte pour la diversité a été signée par 300 entreprises : Axa, les Maraîchers nantais, la Semitan, Kiabi, la SNCF, Fleury-Michon, les groupes Dubreuil, Papin, la société Mousset, qui s'engagent à former les dirigeants aux enjeux de la non-discrimination, à promouvoir la diversité dans leur boutique

Lu 4317 fois













La Lettre à Lulu : Procès de l'ex-préfet de Loire-Inférieure, Jean Daubigny. La lettre que Lulu lui a adressée l'an dernier… https://t.co/c8aXZHMsGw
Dimanche 10 Septembre - 13:47
La Lettre à Lulu : L'arbre aux hérons, tout un poème... #arbreauxherons #Nantes https://t.co/iUQmsOuJ88
Jeudi 17 Août - 12:09
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Conférence chez Jaune Turquoise entre passeurs de feu et chamanes ça coupe l'appétit, ça ignifuge… https://t.co/pm6B4yaalC
Jeudi 20 Juillet - 17:44
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Et la formation pour l'institut qui place les produits du sponsor, Oligosanté, c"est un arrangemen… https://t.co/OUbV5Ox4nW
Jeudi 20 Juillet - 17:06
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Un plan d'apurement, c'est avant le dépot de bilan, pas après. Ou alors c'est de l'apurement post mortem. Original.
Jeudi 20 Juillet - 17:03