La lettre à Lulu
Lulu 70 - novembre 2010

Veni Vidi Vinci. En un aérien de temps


Par le passé, l’aviation a toujours gagné. Donc forcément.
Et demain et après ? Alors là, ouh là...


L’avenir du ciel en rose ? Interrogé sur les perspectives aériennes, le concessionnaire choisi par l’État navigue à vue. «Pour vous, l’avion n’est pas fini ? Malgré les contraintes environnementales  ?» interroge le journaliste* d’un air d’iconoclaste de salon.

Benoît Brunot, directeur du développement de Vinci Airport chiffre sa réponse : «Il y a des grandes lois. Exemple :
en 80 ans d’aviation commerciale, la croissance de l’aérien a toujours précédé de 1,7 à 1,8 % celle du PIB. C’est donc une source de dynamisation»
. Ils parlent comme ça, chez Vinci. Cash. Mais alors, une fois affirmée cette certitude, quels sont ses hypothèses de développement à Notre-Dame-des-Landes ? Réponse nettement moins chiffrée : «On nous demande de raisonner sur 55 ans. Je ne suis plus sûr d’être là pour le voir. Raisonner à une telle échelle de temps n’est pas pertinent. Pour nous, ce qui compte le plus, ce sont les premières années ».

Remonter 80 ans en arrière, pas de problème : ça, c’est de la visibilité. Mais au-delà d’une poignée d’années devant soi, c’est le brouillard, et on ne pourrait donc rien escompter. Il se paye notre fiole, le Vinci man ! D’autant plus inquiétant que les élus favorables à l’aéroport claironnent qu’ils vont tous retrouver leur mise, selon le principe de i[«retour à meilleure fortune»
. Une expression qui sent bon la flibuste en cravate. Il s’agirait d’un genre de prêt remboursable si l’exploitant de l’aéroport a bien engraissé ses actionnaires.

À partir de quand il rend le flouze, Vinci ? «Pas dans les vingt premières années, une fois les amortissements effectués», esquisse Jean-François Gendron, président de la chambre de commerce (qui a mis 10 millions d’euros au capital du consortium mené par Vinci).

À partir de quel taux de profit réalisé par Vinci bascule-t-on dans la phase remboursement ? La clé de calcul de cette restitution potentielle n’est pas divulguée. Elle figure pourtant dans un document, le «traité de concession» passé entre l’État et Vinci, mais ni l’un ni l’autre ne veut le communiquer. Il suffit de demander à Ayrault, il jurera que c’est un prêt sans concessions.

* Dominique Luneau, patron de l’agence de presse économique API, grand partisan de l’aéroport. Rencontre au CCO le 30 septembre 2010

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