La lettre à Lulu
Lulu 43 - décembre 2003

N° 43 - déc 03
Hémoglodébine. Qu’un sang impur...


Traquer sans tact le sang intact semble être la tactique adoptée par des praticiens du centre de transfusion de Nantes. Les globules n’ont qu’à bien se tenir.


<font size='1' color='#FF0000'>N° 43 - déc 03</font><BR>Hémoglodébine. Qu’un sang impur...
Son sang n’a fait qu’un tour. Avant de faire don de ses globules, Sébastien a subi l’interrogatoire habituel de sélection des donneurs par une femme médecin de l’EFS, l’Etablissement français du sang, missionnée pour ne pas se faire du mauvais sang. C’était le 23 octobre dernier. Sébastien n’a jamais donné son hémoglobine, mais a fait les tests pour être inscrit depuis quelques mois comme donneur de moelle. Cette fois, pour le sang - don bien moins contraignant - il commence par remplir un nouveau formulaire de questions de santé. Une toubib prend le relais de la paperasse, en revenant sur les infos du questionnaire. Passé médical, hospitalisation, normal. Tatouage, piercing, relations sexuelles. Sébastien n’a qu’un seul partenaire dans les quatre derniers mois. Quand on lui demande s’il a eu dans sa vie une relation homosexuelle, il répond oui.

«À partir de là, l’entretien médical s’est interrompu, la toubib me déclarant péremptoirement que c’était une cause de “non éligibilité”», raconte Sébastien, qui ne pige pas : quelques mois plus tôt pourtant, dans ces mêmes locaux, et après test HIV négatif, il a été considéré parfaitement apte à figurer sur le registre des donneurs de moelle jusqu’à ses 60 ans... Allez hop. La toubib l’expédie sans autre éclaircissement. Entretien terminé. Au suivant. Dix jours plus tard, Sébastien reçoit un courrier de l’EFS, genre laconique administrativo-expéditif : «Nous vous confirmons que nous ne pouvons pas maintenir votre inscription sur le registre des donneurs volontaires de moelle. Les règles d’inscription établies par France Greffe de Moelle sont en effet très strictes afin de ne faire courir aucun risque, tant au donneur qu’au receveur». Il n’en saura pas plus. C’est la «crainte de l’émergence de virus inconnus, non encore détectables, dans une population connue comme étant à risques», explique un responsable des prélèvements. L’application des règles de sécurité sanitaire est donc tributaire du degré de vigilance des détecteurs de mœurs à risques… Et la générosité des donneurs soumise parfois à un manque de tact qui ne fait alors pas honneur à la profession médicale…

Freins de plaquettes

Jeanne avait fait un don de sang total en mai dernier après un entretien sans problème. En octobre, quand elle veut faire un don de plaquettes, changement d’interlocuteur et de ton. Le médecin qui la reçoit insiste sur l’éventualité de plusieurs partenaires sexuels, même si les rapports ont eu lieu dans un délai supérieur aux quatre mois de période de latence sérologique des tests HIV. Jamais le docte praticien protégé par sa blouse blanche ne lui demande si ses relations l’étaient par du latex... Jeanne proteste contre la tournure «police des mœurs» de l’entretien. D’un seul coup, elle ne «correspond pas du tout au profil» requis des donneurs de sang. L’interrogatoire se poursuit sur le partenaire régulier de Jeanne les quatre derniers mois au moins : «Et ce partenaire que vous dites régulier, il est marié ?» Nouvelle indignation de la candidate au don de plaquettes devant ce nouvel écart du toubib qui bâcle les dernières questions et prend vite fait sa tension. «Ah ! Vous n’avez que 9, ça ne va pas être possible». Fin de l’entretien. Ecœurée, se sentant «salie» par ce passage sur le grill aux critères suintant l’ordre moral, se demandant si c’est «le mariage qui protège du sida ou le préservatif», elle interpelle un autre médecin du centre pour lui raconter la dérive extra médicale de son collègue et se faire reprendre la tension qui est cette fois de 11. Têtue, Jeanne retourne à l’EFS une douzaine de jours plus tard. Autre toubib, entretien normal, sans bavure d’intégrisme des mœurs, et don de son sang.

Lesbien entendu

<font size='1' color='#FF0000'>N° 43 - déc 03</font><BR>Hémoglodébine. Qu’un sang impur...
Quant à Laetitia, son témoignage remonte à cinq ans en arrière dans les mêmes locaux. Au médecin qui insiste sur un «rapport avec un partenaire de même sexe», elle confirme avoir eu des rapports homosexuels, avec une seule partenaire. Là, le toubib explique que tous les homos sont refusés, même s’ils n’ont eu qu’un seul ou une seule partenaire. Aujourd’hui, le centre vient d’adresser, un peu tard, une lettre de plates excuses à Laetitia, tout en confirmant à Lulu que les homosexuelles ne sont pas exclues des donneurs de sang ! Une épreuve de grammaire sur la différence entre masculin et féminin s’impose… Certains médecins-trieurs de l’EFS ne semblent prendre des gants que pour les prélèvements, pas lors de l’interrogatoire des donneurs. «L’ajournement des candidats au don ayant des antécédents de pratiques homosexuelles masculines est une attitude nationale qui repose sur un principe de précaution basé sur des données épidémiologiques, précise Gilles Folléa, directeur du centre de transfusion. L’homosexualité ne constitue pas en soi un critère d’exclusion au don. C’est la pratique de rapports homosexuels masculins qui représente un facteur de risque d’exposition à certains agents pathogènes». Autrement dit, le virus gay n’est pas transmissible par l’opération du mauvais esprit, mais les statistiques médicales font quand même des homos des exclus d’office et en bloc. Les récusés au don de sang ou d’organes risquent le port de l’étoile rose sur chaque goutte d’hémoglobine.Certes traumatisé par le scandale du sang contaminé, contraint à parer à tous les risques, le corps médical devrait néanmoins se la jouer moins saigneur féodal. Surtout vis-à-vis de donneurs bénévoles qui font un geste de solidarité anonyme et généreux, à encourager à sang pour sang.

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