Son sang n’a fait qu’un tour. Avant de faire don de ses globules, Sébastien a subi l’interrogatoire habituel de sélection des donneurs par une femme médecin de l’EFS, l’Etablissement français du sang, missionnée pour ne pas se faire du mauvais sang. C’était le 23 octobre dernier. Sébastien n’a jamais donné son hémoglobine, mais a fait les tests pour être inscrit depuis quelques mois comme donneur de moelle. Cette fois, pour le sang - don bien moins contraignant - il commence par remplir un nouveau formulaire de questions de santé. Une toubib prend le relais de la paperasse, en revenant sur les infos du questionnaire. Passé médical, hospitalisation, normal. Tatouage, piercing, relations sexuelles. Sébastien n’a qu’un seul partenaire dans les quatre derniers mois. Quand on lui demande s’il a eu dans sa vie une relation homosexuelle, il répond oui.
«À partir de là, l’entretien médical s’est interrompu, la toubib me déclarant péremptoirement que c’était une cause de “non éligibilité”», raconte Sébastien, qui ne pige pas : quelques mois plus tôt pourtant, dans ces mêmes locaux, et après test HIV négatif, il a été considéré parfaitement apte à figurer sur le registre des donneurs de moelle jusqu’à ses 60 ans... Allez hop. La toubib l’expédie sans autre éclaircissement. Entretien terminé. Au suivant. Dix jours plus tard, Sébastien reçoit un courrier de l’EFS, genre laconique administrativo-expéditif : «Nous vous confirmons que nous ne pouvons pas maintenir votre inscription sur le registre des donneurs volontaires de moelle. Les règles d’inscription établies par France Greffe de Moelle sont en effet très strictes afin de ne faire courir aucun risque, tant au donneur qu’au receveur». Il n’en saura pas plus. C’est la «crainte de l’émergence de virus inconnus, non encore détectables, dans une population connue comme étant à risques», explique un responsable des prélèvements. L’application des règles de sécurité sanitaire est donc tributaire du degré de vigilance des détecteurs de mœurs à risques… Et la générosité des donneurs soumise parfois à un manque de tact qui ne fait alors pas honneur à la profession médicale…