La lettre à Lulu
Lulu 101

À ce tarif-là...

Gain de place


Assis, debout, mais pas couché. Des supporters gérant les choix tarifaires, ça existe.


À ce tarif-là...
Dans les années 1990, des aficionados prolos des clubs anglais ont bataillé contre le foot bizness, bien décidés à « endosser un autre rôle que celui de simples payeurs passifs », rappelle Michael Correia, journaliste auteur de Une Histoire populaire du football*. Outre l’actionnariat populaire rachetant les clubs en déroute financière, ou les clubs gérés en coopératives, ils ont mis le tarif des gradins au cœur de leurs préoccupations. Le Club d’Exeter City a été sauvé de la faillite, racheté en 2003 par ses supporters qui définissent alors eux-mêmes les prix des places et des abonnements. Des exceptions.

Les stades, devenus « centres de profit », sont faits pour les gens qui ont les moyens de raquer. Les tarifs maintiennent un apartheid social qui évite les mélanges de classe. De 1990 à 2011, le prix des places les moins chères au stade de Manchester United a explosé de 454 %. Ne reste aux prolos que le pub pour regarder la chaîne payante Sky. En 2005, des protestataires créent un club dissident, le FC United, qui évolue en ligue régionale, fixe l’abonnement de saison « à 100 livres, mais chacun paie selon ses moyens. En 2009, les abonnements ont même été proposés à prix libre ». Au mythique Sankt Pauli de Hambourg, club antiraciste, antisexiste, et antifasciste, les ultras sont particulièrement vigilants face à la dérive mercantile de leur club. Et « les supporters sont parvenus à imposer que, à l’issue de la restauration du stade, le Millernor compte davantage de places debout (et donc à bas prix) que de places assises. » À quand l’entrée au stade nantais à prix libre ?

* éd. La Découverte, 408 p., mars 2018

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