La lettre à Lulu
Lulu 93 - juillet 2016

À lire sous la douche


Morceaux épars, chouravés à des éditeurs épars. C’est un peu l’épars des anges*, quelque part.



Chaussettes sèches
[Automne 2012] « Nous sommes des habitant.e.s et des paysan.e.s de la Zad pour lesquels partir d’ici a toujours été inconcevable. Malgré les pressions incessantes et la précarité d’un avenir incertain, nous avons résisté jusqu’ici pour ne pas perdre les jardins que l’on bichonne et les liens avec nos voisins, les fermes rythmées par les horaires de la traite et les joies qu’offrent les lumières lunatiques du bocage. Nous ne sommes pas directement visés par cette première tentative d’expulsion grâce à un accord arraché au terme d’une longue grève de la faim en 2012 et protégeant encore, provisoirement, les habitants légaux. Mais sans hésitation, nous ouvrons nos granges et nos maisons, comme autant de refuges et de bases logistiques depuis lesquelles résister ensemble.  
Nous sommes des alentours, militant.e.s chevronné.e.s, paysan.ne.s solidaires ou simples voisin.e.s que la situation a révoltés, abruptement. Nous nous retrouvons dans la grange de la Vacherit avec l’intime conviction d’avoir un rôle actif à jouer à ce moment-là. Nous avons pour armes et bagages des chaussettes sèches, des calicots, de quoi filmer l’expulsion et témoigner des violences policières, des stylos pour rédiger des lettres courroucées et des tronçonneuses pour renforcer les barricades en sacrifiant quelques arbres. Parmi nous, beaucoup d’anciens sont encore portés par la mémoire des luttes acharnées dans la région, qui ont déjà coûté à la « puissance économique de la France » l’échec de trois projets de centrales nucléaires en vingt ans, à Plogoff, au Pellerin et au Carnet. Nous aussi, nous faisons face aux gendarmes, nos corps en travers de la route. Nous sommes une communauté de lutte en train de naître. »
Défendre la zad, collectif Mauvaise troupe, éditions de l’Éclat, janvier 2016. 45 pages.

Souvenir vital
Lettre à Najat Valaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale après la mort de Rémi Fraisse : « Au moins, les choses seraient claires. Et l’on ne s’étonnerait plus que les socialistes au pouvoir qui avaient pleuré en 1977 la mort de Vital Michalon, tué lui aussi par une grenade offensive au cours d’une manifestation antinucléaire, n’aient visiblement aucun remords pour Rémi Fraisse et se dédouanent au contraire de leurs responsabilités en stigmatisant "la violence des manifestants". Sans doute n’ont-ils plus le temps de lire, sans doute ont-ils oublié leurs lectures et leur jeunesse… »
Notre Dame des Landes, la fabrication d’un mensonge d’État, Françoise Verchère, éditionsTim Buctu. 72 pages.

Mon commandant 
« Sur le plan judiciaire et législatif enfin, le drame de Sivens est exploité pour renforcer davantage encore l’arsenal répressif. Dans les semaines qui suivent, une "Commission d’enquête parlementaire sur les modalités du maintien de l’ordre républicain" est mise en place, à la demande de députés écologistes. Les auditions se déroulent à l’Assemblée nationale et sont, dans leur écrasante majorité, consacrées à écouter ceux qui répriment. Ministre de l’Intérieur, colonels de gendarmerie, commandants de CRS, préfets et syndicalistes policiers se succèdent pendant des semaines devant des députés complaisants, qui les laissent dérouler un discours uniforme. Le socialiste Pascal Popelin, rapporteur de la commission, oscille entre dialogues mielleux avec les forces de répression et mises en difficulté des rares auditionnés qui s’éloignent du discours policier. »
L’arme à l’œil. Violences d’état et militarisation de la police, Pierre Douillard, Ed. Le Bord de l’eau. 90 pages.

Maîtrise de la traîtrise
« Il y a dans l’ambition de l’homme à dompter l’environnement une forme de présomption, qui nous a fait négliger les dégâts du productivisme, admettre trop facilement la pollution, l’insécurité sanitaire, l’agriculture intensive, les risques chimiques, le rejet de CO2. Selon l’interrogation classique, nous voulions maîtriser la nature; mais qui maîtrise la maîtrise ? »
Changer de destin, François Hollande, éditions Robert Laffont, février 2012, 163 pages bidonnantes.

L’amende à la marge 
« La vérité, c’est que l’étape du "débat démocratique" est un passage obligé, une sorte de concession politiquement correcte. La vérité c’est qu’il n’y a pas d’alternatives réelles pour le porteur du projet. Celles qui sont présentées le sont pour la forme, pour faire croire au choix possible. Tout le monde le sait bien, qui a un jour été dans un endroit de décision où l’on présente trois scénarios. Trois pour amuser la galerie, le bon scénario a déjà été choisi mais évidemment si le groupe le choisit de son plein gré, c’est encore mieux ! Menée avec talent, la consultation du public aboutira non pas à modifier substantiellement un projet ou à l’abandonner mais à le rendre plus acceptable car doté d’un vernis démocratique. Au mieux à l’amender à la marge. »
Notre Dame des Landes, la fabrication d’un mensonge d’État, Françoise Verchère, ed. Tim Buctu. 72 pages.

Lance pierres
 Grève à Saint Nazaire en 1955. « Les cisailles et les poinçonneuses démarrent sous l’impulsion de certains ouvriers. On fabrique des projectiles d’acier et les gars qui s’y emploient manifestent autant de frénésie que s'ils avaient un bon à tirer. Aux poinçonneuses des tôles entières d’épaisseur moyenne (un centimètre maxi) sont débitées à l’aide d’un poinçon de vingt. Aux cisailles, des tôles de même épaisseur se voient transformées en projectiles encore plus dangereux, des petits triangles dont les deux angles aigus projetés avec force s’avèrent capable de transpercer n’importe quel uniforme. D’autres groupes, disséminés dans les nefs, se sont spécialisés dans le matériel de projection, avec des bandes de caoutchouc ils confectionnent des lance-pierres. »
Les prolos, Louis Oury, première édition en 1973, réédition éditions Agone, mai 2016.

Lance-flammes
 « À une quinzaine de mètres du sol, des ouvriers occupent les chemins de roulement des ponts et ajustent avec précision tout CRS qui s’aventure à la verticale. D’autres occupent les cabines des pontonnières et manœuvrent les ponts roulants de telle sorte que leurs crocs de levage se déplacent à hauteur d’homme, ce qui occasionne quelques ravages dans les rangs policiers. D’autres encore allument les torches à propane qui servent habituellement au chauffage des pièces en cours de soudage, des gars chargent avec ces véritables lance-flammes qui crachent le feu à plusieurs mètres et causent une panique indescriptible parmi la flicaille. »
Les prolos, Louis Oury,  réédition  éditions Agone, mai 2016.

Face de chorème
« Lorsque notre index suit les lignes du fleuve sur la carte, c’est l’esprit qui parcourt des territoires. Les chorèmes tramés ou colorés se succèdent, distribués d’une manière qui paraît parfois chaotique ou selon un agencement mystérieux pour le profane. Ils sont toutefois liés, traversés par d’autres cours d’eau, ruisseaux ou rivières, qui confluent vers l’artère centrale et forment un vaste pays, versicolore et rhizomatique. De même les fils rouges d’une saison peuvent être multiples, mais la ligne de force demeure unique. C’est l’ambition de commuer le regard, forger les opinions, donner un semblant de perspectives sur l’avenir, renforcer un corps social souvent épars. »
Programme 2016-2017 du Lieu unique, édito de Patrick Gyger. 107 pages parfois moins truculentes, certaines plus claires, sans texte, jaune promo de supermarché, bleu canard.

Civet de latin
« Tractatus De Mercatura, seu Mercatore. Huc accessit Petri Santernae Lusitani Tractatus, de Sponsionibus & Assecurationibus mercatorum. Alios praeterea Tractatus aliunde excerptos, unum videlicet D. Ioan Nider, De contractu mercaturae : alterum D. Bald. de Ubald. Perusini, de Constituto, in Iureconsultorum gratiam adiunximus, duoque D. Roberici Suarez Consilia, de Usu maris, & mercibus super illo transuehendis, Cum Indice rerum singularium locupletissimo. »
Sur les assurances, Benvenuto Straccha (1509-1578), éd. Centre de droit maritime et océanique de Nantes, 2008. 481 pages.

* Mais c’est quoi, ce jeu de mots pourri qui veut rien dire ? 

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