La lettre à Lulu
Lulu 55 décembre 2006

À telle enseigne. Après la vie


Pas facile d'éteindre l'enseigne depuis l'au-delà. Celle de la librairie de l'irrationnel a clignoté après la fermeture définitive. Que fait la police de l'occulte ?


Cherchez pas à comprendre, c'est ir-ra-tio-nnel. La «Librairie de l'irrationnel», implantée Chaussée de la Madeleine, a fermé en catimini son havre des sciences occultes au beau milieu de la grisaille urbaine. On y trouvait de grimoires neufs, et de quoi invoquer des créatures en tous genres, apprendre à se tartiner d'amour lumière, de bien être en infusion et de source de vie en massages. Mais, malgré des milliers de pages de formules, de conseils, remèdes et incantations, l'automne ne s'est pas très bien passé pour les deux propriétaires de la boutique qui ont été malades au point de trépasser l'un après l'autre. Qu'ils reposent en paix, puisque chacun doit un jour y passer. Tourner la page, en somme.

A partir du 30 novembre, l'harmonie intérieure de l'échoppe a pu baigner les étals de pénombre enveloppante. Certains voisins chuchotent que des spectres invisibles viennent feuilleter les livres, tournant les pages au point qu'aucune poussière ne retombe jamais. Rien n'est moins sûr que ce qui est incertain.

L'ordre immuable de la fatalité subit cependant un dernier affront : l'irrationnel parvient une dernière fois à humilier la raison. Car il suffit alors de lever les yeux au ciel pour contempler l'enseigne frappée de clignotement persistant, alors que la librairie était bel et bien fermée, faute de gérants vivants. Sur un mode alternatif - électriquement s'entend -, l'enseigne au néon a ainsi su porter la lumière au-delà d'une mort qui n'est autre qu'une invitation à la vérité, comme le proclamaient les bouquins de la boutique. Alors que tout laissait croire que la vie avait quitté les lieux, cette enseigne au-dessus de la vitrine venait prouver le contraire. Le mystère reste complet autour de cette manifestation occulte, non répertoriée. Certains clients restent persuadés que les deux propriétaires n'ont jamais vraiment quitté les lieux, continuant leurs permanences en se réincarnant dans les néons de l'enseigne. En décembre, le néon ne clignotait plus. L'Ursaff et l'EDF ont du y mettre bon ordre, interrompant cette consommation électrique que personne n'allait payer, et ces emplois dissimulés que la loi réprouve. Se pose éternellement la question du néon au sein de l'Être et de l'absurdité du mal. Et ça, c'est pas de la clignognote.

Allan Kardelec

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