La lettre à Lulu
Lulu 94-95 - décembre 2016

Accoord : l'art du sociocul de sac

Logomachie


La structure qui gère les centres sociaux se centre sur l'antisocial.


Deux offres de postes en même temps, début décembre. On cherche une animatrice au Clos-Toreau, et une directrice du centre social. Faut bien remplacer celles qu'on a virées à trois mois d'écart. Sauf que la première était victime de la seconde. Pas une seconde, la direction de l'Accoord n'a pensé réintégrer la victime. Depuis la rentrée, l'intersyndicale CGT-FO-FSU s'est remuée mais rien n'y a fait. On est fier, en haut lieu de cette boutique de 700 salariés, lourde d'un passif de conflits récurrents avec ses directeurs successifs depuis  les années 1980.

L'animatrice a été virée début août, juste pour éviter les vagues, loin des plages. La rentrée a quand même été éclaboussée, le personnel se mobilisant pour défendre cette animatrice socio culturelle en poste depuis dix ans, jamais aucune sanction. 

Au printemps, la directrice du Clos-Toreau perdait ses demandes de congés posés bien à l'avance, oubliait de lui refiler ses chèques déjeuner, annulait des rendez-vous sans prévenir, refusait tout net de lui parler. L'animatrice lui a demandé une médiation en décembre 2015 : le rendez-vous obtenu deux mois après est annulé au dernier moment. Ce climat pourri est dénoncé par le CHSCT, comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, lors de la procédure de licenciement, et le big boss devra bien le reconnaître à la mi-septembre après un audit du personnel du Clos Toreau : « L'expression d'une partie des salariés montre à l'évidence des difficultés sérieuses de management de la part de la directrice d'équipement qui mettent en souffrance une partie de l'équipe. » Quinze jours après, cette génératrice de mal-être est mise en arrêt maladie, puis virée fin novembre. 

Mais avant de se faire jeter, la directrice d'équipement a monté un dossier à charge contre l'animatrice à temps partiel, 28 heures par semaine, qui adapte en permanence ses heures aux projets en cours, comme tous ses collègues. Les motifs du licenciement invoquent des dépassements d'horaires notés au planning que l'équipe tient pourtant bien à jour, mais dont la supérieure hiérarchique n'aurait pas été informée, plaçant l'employeur « en risque social ». En fait, la directrice du centre aurait « égaré ses feuilles de temps » ou « omis » de les valider. Le licenciement égrène une collection de motifs : on blâme l’animatrice de trop en faire pour un partenariat avec l’association Gaza Jérusalem : « Le sujet certes vous intéresse, mais ce n’est pas un projet Accoord. » Pas projet mais bien partenariat : c’est subtil. Une fois elle n’a pas utilisé le bon logo, une autre fois elle fait ajouter le bon logo sur une invitation officielle passée par la mairie, qui l’avait oublié. La DRH martèle que le premier carton d’invitation à 200 exemplaires a été « falsifié »... Accusation mensongère, a prouvé le président de l’asso Gaza Jérusalem. « Si on tombe pour des motifs pareils, on va tous y passer », dit un salarié du siège.
Grèves, débrayages, manifs, pétition, rien n’y a fait. La direction est trop occupée à courir après son objectif de « participer au développement d’un mieux vivre ensemble ». L’animatrice virée, la cinquantaine, seule avec deux enfants, pourra toujours méditer en relisant que « l’ambition de l’Accoord intègre donc une dimension émancipatrice qui vise l’individu dans sa singularité, mais qui vise aussi le développement de lien social et par la même la cohésion sociale. »
Éric Knout-Reichauffen

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