La lettre à Lulu
Lulu 88 - mai 2015

Accoords parfaits. Socio-cul de plomb


À l’Accoord, tout va bien, très bien, très très bien. Revue de détail de cette socioculture du bien-être absolu.


À l'Accoord, la direction tient la boîte à pansements à disposition des égratignés de la douleur au travail.

Crescendo depuis 2011, les rapports du médecin du travail et le CHSCT, Comité hygiène et sécurité et condition de travail, attestent pourtant du mal être ambiant. Prévention ? Pas question, dit la direction. Les risques psychosociaux doivent autant aux hostilités dans les quartiers populaires qu'au management. Après deux ans de discussions vaines, les élus du CHSCT ont exercé leur droit d'alerte, choisissant fin juin 2014 le cabinet d'expertise agréé Secafi pour mesurer « stress, anxiété, souffrance au travail, surcharge et perte de sens, baisse de motivation, manque d'écoute », turnover des animateurs, grimpée des arrêts maladie, pressions de la direction, « mutations arbitraires », parfois du jour au lendemain. La réforme des rythmes scolaires a accru les pressions sur les animateurs, les plus précaires, pour signer des modifications de contrat de travail. Mais le cabinet d'audit n'a pas pu travailler.

Le risque traîné devant les tribunaux

Ces braves dirigeants ont collé le CHSCT au tribunal. Le 13 novembre 2014, les juges ont curieusement annulé en première instance la délibération de choix du cabinet expert. Les big boss de l'Accoord avaient fait leur réquisitoire : « coût exorbitant » et « demande imprécise qui n'identifie pas clairement les risques » sujets à « appréciation complexe » et à « caractère très souvent subjectif ». Réfuter à l'avance les conclusions « pas claires » d'un audit qui doit justement y voir clair, faut le faire. Mais puisque personne ne va mal ici, ou pas assez pour s'en soucier, ou alors au cas par cas... En réunion, la DRH soupire que « ce n'est pas – a contrario des dires du CHSCT et du médecin du travail – un élément prégnant et absolument préoccupant », qu'il faut un « mécanisme adapté à chaque situation » mais seulement quand « le risque est avéré », sous-entendu pas quand on se fait des films. Le médecin du travail reproche à l'Accoord de ne pas entamer la démarche d'évaluation. Les dirigeants ont a alors écrit à la hiérarchie du toubib, se plaignant de son « manque d'objectivité et de distance ». Au comité d'entreprise, la DRH parle d'« alerte fallacieuse », de « point de vue partiel ». Pour les représentants du personnel, c'est un « déni de la réalité des risques psycho-sociaux ». Ce que nie formellement la direction. Le déni du déni, en somme.

Annie Mateur

*  Le CHST a fait appel.

  • Mot-clé : recyclé

  • Une gouvernance resserrée





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