La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Ah, ma zone !

Plateformisme


Le géant Amazon s’annonce, les nains sont censés applaudir.


À Grandchamps-des-Fontaines, à deux bornes de la Zad, les tritons craignent l’arrivée d’une pieuvre. Amazon, fleuron de la surconsommation livrant tout et n’importe quoi fait frétiller les élus, éblouis par le mirage de 1 700 emplois d’ici 2023, si la septième plate-forme Amazon en France s’implante vraiment sur les 121 000 m2 escomptés. Très peu de conditionnel dans tous les journaux, plutôt du futur. Dans l’euphorie, certains annoncent 2 300 emplois (Le Journal des entreprises, 18/09). Ces menus aléas n’altèrent pas la croyance fervente en la croissance, ses bienfaits, son effet de ruissellement... Le merveilleux de la logistique à nos portes : le bonheur en un seul clic, l’emploi par paquets de cent.

Pour l’instant ce n’est qu’un bruit. Promesses fluctuantes ailleurs : à Chalon-sur-Saône, Amazon a ouvert en 2012 un entrepôt géant avec 1 500 emplois à la clef. Six ans après, il n’y en a que 500. À Brétigny-sur-Orge, la plate-forme annoncée en avril 2017 a été rognée de moitié 18 mois plus tard, une partie du permis de construire annulé mi-juillet, les 2 000 emplois prévus en perdant ainsi 800 avant le moindre début de recrutement. Inconnues à ce stade, les aides publiques, crédits d’impôt, fiscalité plus basse, connexion fibre optique, offres sur le terrain, la desserte routière, qu’Amazon obtient partout où il fait jouer la concurrence. Approchée en mars dernier, Carquefou, son dossier prospecté par Nantes métropole, a perdu au jeu des mises en rivalité locales et des avantages offerts à la multinationales (Ouest-France, 13/10).

« Amazon met effectivement plusieurs sites en concurrence, 19 entre Nantes et Rennes selon nos infos, et puis ils vont au plus offrant. Comme aux États-Unis pour leur nouveau siège », note Alain Jeault, délégué CGT Amazon au plan national.

Passons sur l’e-commerce détruisant des boulots en librairies, épiceries et autres boutiques. Sur l’emploi précaire, le turn over de salariés vite déglingués, moralement et physiquement, salariés en sursis: jusqu’à ce que les robots coûtent moins cher que ces trimards. Ignorons stress, objectifs intenables, rendements constamment revus à la hausse, dégâts musculaires, flicage des petites mains de la logistique. Sans parler des tracasseries contre les syndicalistes. Ne retenons que la félicité d’avoir une paie au Smic. Glissons sur la délation encouragée*. Et tant pis si le modèle d’Amazon adopte un mode voyou, pratique l’évasion fiscale, assume le gaspillage (produits quasi neufs ou avec léger défaut détruits massivement en Allemagne), pousse à la surconsommation alors que les temps devraient être à la sobriété. Les Amis de la Terre dénoncent aussi une violation de la garantie légale (deux ans après la date d’achat, selon la loi) et l’absence d’un système de reprise des déchets électroniques imposé par le Code de l’environnement.

Qui aurait le mauvais gout de renâcler contre le beau slogan maison d’Amazon « Work Hard, Have Fun, Make History » quand divertissement et contribution à la grande histoire se présentent comme la récompense du dur labeur.
Jos Bezeff
* Sur le site de Lauwin-Planque (59) le jeu interne « Peak fest 2017 », a fait gagner des cadeaux en dénonçant un supérieur hiérarchique, agent de maîtrise ou petit cadre qui plomberait la sécurité.

 

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