La lettre à Lulu
Lulu 109-110

Airbiennebi, un air bien incontrôlable

Airbitrage


Pas demain la veille que les loueurs d’Airbnb vont se faire flasher par les radars.


Les loueurs voient leurs rentes fondre avec le confinement. Début de saison calamiteux. L’investisseur, le prof qui arrondit ses fins de mois d’été, tous se plaignent*. L’airbienbisme ne devait pas passer l’hiver au chaud. Scrogneugneu, on allait voir ce qu’on allait voir, a promis la métropole** qui a bien embauché deux personnes en septembre pour contrôler les loueurs. Mais pour l’instant, rien. Ou presque. « Ils étudient, se demandent comment savoir combien de personnes sont enregistrées par Airbnb. On a zéro avancée... Aucun contrôle n’a été effectué. Nantes métropole a les adresses des logements mais pas les coordonnées des propriétaires ! Impossible de les contacter pour leur imposer d’être en conformité avec la loi », soupire Nathalie Savourel, vice-présidente de l’UMIH44, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. Jusqu’ici collectée auprès des hôtels et campings, la taxe de séjour s’étend désormais aux « meublés de tourisme offerts en location de manière répétée et pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile », selon le jargon métropolitain. Le tarif ? 3% du prix hors taxe de la nuitée par personne, plafonné à 2,25 €/par tête et par nuit.

« Prévue en octobre, la réunion sur le bilan de la collecte de la taxe de séjour a été reportée quatre fois. Les résultats sont catastrophiques. On a appris en janvier que Nantes métropole n’a même pas collecté un quart des taxes des logements Airbnb. Un quart de ceux qui sont connus, enregistrés... », explique Nathalie Savourel à Lulu. Airbnb a versé à Nantes métropole 258 000 € de taxes de séjour en 2018, 303 000 € en 2019, soit moitié moins qu’à Montpellier. Question palmarès, Nantes se classe 17e des villes les plus rétribuées.

En mars 2019, un colloque à l’école d’architecture révélait qu’à Nantes, « seulement 8% des annonces comportent un numéro d’enregistrement unique de l’hôte (23% à Bordeaux). Les autres sont hors-la-loi »***. Airbnb, qui voulait être coté en bourse cette année, s’est aussi engagé à vérifier d’ici la mi-décembre 2020 la fiabilité des infos publiées sur sa plate-forme par les loueurs : photos, détails, y compris l’adresse, pas toujours la bonne. Pour la régulation du marché, il est urgent d’attendre.
Christopher Biennebique 
* Ouest-France, 04/04.
** Airbnb soumis au carcan dira-t-on, Lulu n° 105-106, juillet 2019.
*** Airbnb, un briseur de ville ? La Gazette des communes, 18/03/2019.


 

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