La lettre à Lulu
Lulu 109-110

Alerte au maisonavirus

À chacun sa niche


Un problème ? Vite, une maison. De tout, de rien. Et les candidats en ont promis d'autres.


Du temps de Rabelais, on aurait évoqué des « chacunières », c'est-à-dire des habitations propres à untel ou untel. Le virus du modèle pavillonnaire connaît une sacrée mutation dans la Cité des duchmolles où la gentrification bat son plein, surfant sur la spéculation immobilière. Loin de stopper l'épidémanie, la campagne des municipales aura, au contraire, dopé le germe. À la « Maison de la nuit » proposée par Margot Medkour ont répondu les « Maison de l’agriculture urbaine » et « Maison de l'entreprise » de Johanna Rolland. C'est devenu une spécialité locale. Un problème ? Une « maison ». Une cause à promouvoir ? Une « maison ». Un intérêt corpo à défendre ? Encore et toujours une « maison ». On trouve ainsi une « maison » de l’Europe, de l’Outre-Mer, des adolescents, des personnes handicapées, de l'habitant, de l'emploi, des associations. Et encore une « maison » des sports, de l’avocat (en robe, pas en salade), de la naissance, de la poésie, de l’Erdre, de l’architecture, de la mer. Sans oublier celles de l’éveil, des services, des aidants, des chercheurs étrangers, des citoyens du monde, du Bicloo, de l'administration nouvelle, des sciences de l’homme et des techniques, Fumetti (BD), du don (de sang), des parents (Fondation McDo), des obsèques et même Radieuse. Pernicieux, le bacille sévit parfois dissimulé sous un pseudo comme la « maison » des femmes (Citad'elles) ou de l’environnement (Écopôle), voire fait carrément commerce et pluriel comme Maisons du monde, le roi de la déco un peu mal par les temps qui confinent. Maladie : sino-dépendance, disent les experts.

L'inventaire n'est pas exhaustif. Il faudrait aussi citer toutes les maisons des vieux fourneaux (dites de retraite). À l’inverse, d'autres apparaissent beaucoup moins désirables aux yeux des autorités publiques, comme la maison du peuple, première version à Doulon virée manu militari en octobre dernier, nouvelle adresse toujours en squat dans un collège catho désaffecté, derrière Graslin. Rien à voir avec la fameuse attractivité ou la tranquillité de la bourgeoisie locale. S'il n'existe pas de maison officielle des gueux ou des réfugiés, c'est qu'ils ne sont simplement pas dans la cible marketing. Quoique, à la réflexion, il y en bien a une, et c'est la plus ancienne de toutes : la maison d'arrêt.
Pierre Nouf-Nouf

Lu 0 fois