La lettre à Lulu
n°11/12-été

Annulées. À Trafics, Blaise a mangé froid


Un tract syndical est resté sur l’estomac de Jean Blaise pendant Trafics, alors qu’il ne s’était pas encore remis de l’indigestion des "Annulées".


Annulées. À Trafics, Blaise a mangé froid
S’il y a une performance que Blaise n’a pas appréciée pendant le festival Trafics, c’est bien le tract distribué par la CFDT Artistes et Professions de l’Animation et de la Culture. Intitulé "Trafics/CRDC... l’envers du décor", il dénonce entre autres "un personnel mis sous pression (...), trois licenciements depuis deux ans alors que les subventions publiques ont augmenté de deux millions de francs", le "non-respect de la convention collective et du droit du travail (...), la rotation continuelle de C.E.S. sur des tâches permanentes, sans véritable formation..."

À l’origine du tract, la colère d’un ancien délégué du personnel, Luc Douillard, licencié l’année dernière pour "avoir contesté l’organisation de l’annulation-surprise des Allumées-Cuba par la direction du CRDC". Ce "licenciement sec", officiellement pour raison "économique" et accepté avec légèreté par l’inspection locale du travail, a ensuite été cassé par le ministère du Travail. Tout ça pour remplacer (au même poste) l’évincé par une journaliste du Monde approchée lors du voyage de presse à Cuba et recyclée dans la culture de province. Cette procédure ministérielle rarissime est le dernier avatar d’une gestion pour le moins calamiteuse de l’annulation du festival en octobre 95.

On connaît le fiasco des Allumées de Cuba. La Havane, qui conteste la participation aux débats d’opposants politiques, menace de retenir à Cuba les artistes invités. Blaise et les édiles nantais s’enfument dans les volutes d’une diplomatie approximative : "Il y a eu des maladresses", concède aujourd’hui l’un des protagonistes du drame qui s’est joué à huis clos à la mairie.

Face à la langue de bois des autorités cubaines, nos subtils négociateurs font chou-blanc et décident in extremis d’annuler. Une décision héroïque mais contestée par le public frustré de "ses" Allumées, par tous les artistes du "off" qui maintiennent leur festival, par la presse qui émet des doutes sur son bien-fondé... et par le délégué du personnel qui se retrouvera donc viré pour crime de lèse-Blaise.

Pour la seconde édition de Trafics, dont le thème était "cuisines et performances", Blaise avait oublié que la vengeance est aussi un plat. Le tract de la CFDT le lui a servi froid, comme il se doit.

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