La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Areuh areuh. Fais risette, crache pépettes


De juteuses opérations se font sur le dos des bébés dans les maternités.
Des clichés négociés en faisant jouer la corde sensible.


Areuh areuh. Fais risette, crache pépettes
Le CHU a dénoncé le 4 mars la convention qui autorisait une société privée à venir tirer le portrait des bouts de chou et faire du commerce post-accouchement. Primaphot se fait ainsi virer d’un marché dont elle avait l’exclusivité depuis pas loin de trente ans. Aussitôt sur les rangs, la société Sourires d’enfants opère déjà clinique Bréteché et à la polyclinique de l’Atlantique, qui cumulent 6 700 accouchements par an. Au CHU, la dernière convention datait de 2004 et octroyait à l’hosto 24 000 euros l’an, soit six euros par bébé et 4 000 naissances par an. « Ce n’était pas une rétribution sur le chiffre d’affaire, dont on n’a pas connaissance », dit Sandrine Delage, directrice adjointe du CHU. Motif de la fin de contrat : « Une patiente a été démarchée à son domicile pour autre chose que de la photo ». Et quoi donc de si peu photogénique ? Mystère et boule de gomme. Contactée par Lulu, Primaphot n’a pas souhaité s’exprimer. Une affaire juteuse puisque les mails obtenus via les bordereaux à la maternité sont revendus par paquets de mille à d’autres sociétés. Croulant sous les offres de bouffe pour bébé, vêtements et couches, un couple d’Île-de-France a saisi la Cnil pour faire arrêter ce spam, mais Primaphot « qui loue environ 300 000 adresses par an »* avait déjà vendu ses listes, le coup était parti.

Chéri, j’ai agrandi le bébé

L’hôpital public palpe donc sa com’ au passage sur ce babyzness tout en cliché. On croyait que c’était un établissement de soins, c’était un photomaton à commission. « On a longtemps cherché un niveau de prestation comparable à celui des cliniques privées, très attentif à leur offre poussée vers l’hôtellerie. Sur les maternités, la concurrence est très forte. Mais la priorité pour nous, c’est d’avoir des chambres individuelles avec cabinet de toilette privatif ». L’établissement public de santé laisse tout ouvert aux VRP du cadre de bébé.

Photo en blouse blanche

Des années que des sociétés affutées font du beurre dans les maternités, en tirant d’office le portrait des nouveau-nés et des mamans. Le photographe qui pousse la porte de la chambre a une blouse blanche, comme tout le monde ici. Tromperie ? Pas du tout, c’est pour pas faire d’ombre sur les photos. Accessoirement, le photographe Primaphot est rémunéré 3,60 euros par maman et progéniture. Faut pas traîner pour tirer un Smic. Face à ce petit commerce presque forcé, peu refusent la séance de photo éclair. Quelques jours plus tard, de préférence à une heure où elle a peu de chance de croiser le papa, une commerciale (900 euros mensuels, tout le reste à la commission) déboule à domicile pour fourguer des photos en veux-tu en voilà, pour la famille, la belle famille, tout un tas d’albums, « livret de naissance », « baby livre », cadres, pochettes cadeau et un CD avec les images du lardon. Il y a une photo gratuite, mais avec tout le kit, la facture peut grimper jusqu’à plus de 500 euros. à la maternité de l’hôpital public de Nantes, juste avant la résiliation du contrat liant l’hosto à Primaphot, une mère pourtant sous tutelle s’est fait fourguer une facture de 360 euros.

La vente joue sur la corde sensible, voire le sentiment de culpabilité. Madame, mais si vous refusez de si jolies photos qui sont déjà tirées, on va devoir les détruire... Pensez. Détruire le portrait de la chair de sa chair... « On ne met pas une arme sur la tempe de nos clients, qui n’ont pas non plus 90 ans, soupire une commerciale nantaise. Abus de faiblesse ? Ah nooon... Après, bien sûr, c’est du commerce, mais sous couvert de la vente à domicile, avec délai de sept jours ». Un délai légal de rétractation qui permet d’obtenir remboursement, mais il faut parfois se montrer agressif au-delà de quelques mails, ajouter qu’on va prévenir la Direction des fraudes, menacer de porter plainte. La société doit avoir l’habitude, le serveur vocal du siège, à Courbevoie, propose spontanément la touche « vous voulez vous faire rembourser votre commande ». L’hôpital n’a pas encore l’option : Recommencez votre accouchement, votre bébé est flou.
Emma Ioté

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