La lettre à Lulu
n°27 - mar

Au sec. Les canards ne savaient pas nager



Au sec. Les canards ne savaient pas nager
L’histoire commence par une noyade collective de canards. Pas un suicide, non. Une noyade de canards qui ne savaient tout simplement pas nager. Le genre de canard croisé avec une enclume pour peser plus lourd sur la balance du Leclerc. Nous sommes en 1995, époque durant laquelle une crue hivernale engloutit le marais breton, sis comme chacun sait au sud de la Loire-Inférieure. En bordure du marais, deux éleveurs de canards voient leurs terrains inondables débordés par les eaux, et plusieurs dizaines de volatiles, sur-développés du foie mais handicapés du bulbe, se noient au fond de leurs tunnels d’élevage. Fort marris par cet accident dramatique mais pourtant prévisible, en l’absence de gilets de sauvetage, les éleveurs demandent à la municipalité de Machecoul d’assécher ce coin du marais, où l’on ne peut décidément rien entreprendre. Bonne fille, la mairie décide de procéder à l’assèchement de cette zone humide de plusieurs hectares, au mépris d’une loi de 1992, qui interdit tout assèchement d’une surface supérieure à un hectare. L’Etat souhaite en effet préserver les dernières zones humides du pays, dont la surface a rétréci de 70% depuis le début du siècle. Il anticipe, par la même occasion, les catastrophes de plus en plus nombreuses, dues à l’assèchement de prairies inondables, où s’écoulent naturellement les eaux en cas de crue. La mairie de Machecoul, qui ne s’embarrasse guère de ce genre de considérations, habille intelligemment les documents administratifs nécessaires au montage du dossier et obtient toutes les autorisations pour procéder aux travaux, ponctionnant au passage une subvention européenne. Manque de bol, une bande d’écolos mal embouchés, furieuse de n’avoir pas vu ses remarques prises en compte, porte le pet devant le tribunal administratif, accusant le préfet, qui a délivré les autorisations contestées, d’abus de pouvoir. Les travaux sont terminés depuis bien longtemps lorsque le tribunal rend son jugement en janvier 2000. Résultat : les écolos avaient raison, les endiguements réalisés sont bien des assèchements de zones humides et toute la procédure est à revoir. Il faut tout reprendre à zéro, réaliser une étude d’impact et une enquête publique. Le tribunal n’est toutefois pas allé jusqu’à demander la démolition des ouvrages réalisés. Il donne ainsi, une nouvelle fois, indirectement raison aux petits malins qui s’amusent avec le droit public, en appliquant le vieil adage : “asséchez, asséchez, il en restera toujours quelque chose.”

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