La lettre à Lulu
Lulu 89 - juillet 2015

Barbotages. Le métal sur un matelas d’argent


Heavy business metal au Hellfest. Un gros cachet pour le PDG de l’asso.


Barbotages. Le métal sur un matelas d’argent
Dans "heavy metal", il y a métal. Et ça tombe bien: au Hellfest à Clisson, l’argent coule à flots, comme la bière. En coulisses aussi, en témoigne le contrat enregistré le 26 mars 2015 au centre des impôts de La Roche-sur-Yon entre le chef d’orchestre du festival, Benjamin Barbaud, 33 ans, et le producteur parisien de spectacles Drouot. Le premier cède au second "son fonds de commerce d’exploitation de marques de commerce et signes distinctifs, moyennant le prix de 2.000.000 euros". Transaction banale comme il s’en conclut des milliers en France, mais pas tout à fait. Car le business repose sur l’asso "Hellfest productions" mobilisant des centaines de bénévoles, dont Benjamin Barbaud est à la fois président et directeur salarié. Un mélange des genres légal mais délicat à gérer sur le plan juridique, et pas des plus exemplaires. Surtout au regard du chiffre d’affaires brassé comme le bon houblon : 16 millions d’euros avec 150 000 entrées pour cette grande kermesse du rock tatoué. Une véritable cash-machine et un supermarché géant ouvert sur le site, façon londonienne Camden market, où se vendent comme des petits pains tous les grigris du parfait metalleux. Le sens du marketing et de la com' ne défrise pas les centaines d’adhérents payants (30 euros par an) du Hellfest cult, le fan-club officiel. C’est connu, dans ce milieu tendance très communautariste, artistes et fans jouent à la grande famille.

Le sens des affaires de Benjamin Barbaud ne s’arrête pas là. La chronologie des événements relève de l’acrobatie fiscale. L’association a été déclarée en préfecture le 9 janvier 2006. Le mois qui suit, Benjamin Barbaud dépose à l’Institut de la propriété industrielle la marque Hellfest à son nom, pas à celui de la structure. Neuf ans plus tard, le 26 janvier 2015, Barbaud accorde à ladite association une concession de licence pour la marque, en contrepartie d’une redevance dont le montant annuel "ne pourra être supérieur à 400 000 euros". Un contrat d’une durée de cinq ans dont la réalité est vite modifiée : deux mois plus tard est cédé, donc, à Drouot productions un fonds de commerce nommé Barbaud en cours de création. Lequel est immatriculé le 13 avril 2015 avec, en antidatant le commencement d’activité au 8 février 2006. Sacré rétropédalage, d’autant qu’il est radié du registre des sociétés dès le 5 juin 2015 ! Un record national sans doute en matière de "mortalité des entreprises". Surtout avec un tel pedigree : vendue sans existence officielle, créée après neuf années d’activité fantôme, supprimée moins de deux mois après l’acte de naissance.

De quoi écorner l’image d’Épinal du p’tit gars sympa qui a fait de ce coin du vignoble nantais l’une des principales scènes européennes du hard rock. Et réjouir les bigots intégristes cathos. Ils voyaient déjà Satan partout, pas étonnant que le présidentéchrist du festival ait succombé aux péchés de lucre et de trahison antidatée

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