La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Bas les musqués !

Ragoûtant


Le ragondin, nouvel ennemi public numéro 1. La bestiole à abattre. Mais les pouvoirs publics veulent pas payer.


Bas les musqués !
Nous vivons sous le régime de la menace permanente. Après la Zad noyée sous les grenades, la météo incertaine et les proprios de Saint-Aignan qui bloquent le périf, nouveau danger : les ragondins, alias RAE, « rongeurs aquatiques envahissants ». « Une bataille déjà perdue ? » (Presse-O, 04/05) « La prolifération des ragondins pourrait faire sourire si les conséquences n’étaient pas catastrophiques. » Balèzes, de cinq à sept kilos, ces RAE font des trous partout, bouffent tout, refilent accessoirement la mort qui tue. Ces gros rats d’eau ne font pas rire l’éradicateur en chef : « On ne nous prend pas au sérieux », dit Marc Pondaven, qui n’a pas encore envisagé de mourir en bouffant un trou, pour revenir à un peu de sérieux et alerter l’opinion. Pendant que les départements et les collectivités se désengagent d’une contribution qui n’est pas obligatoire, les ragondins eux, forniquent et se multiplient. Environs 90 rejetons par couple tous les deux ans.

La queue de ragondin, classé nuisible depuis 2007, est rétribuée différemment selon les communes : 1€ à Trignac et à Sainte-Luce, 1,25€ à Saint-Joachim, en Brière, 3€ à Savenay ou à Thouaré. Rien à Nantes. Pourtant, une des plus grosses colonies de Loire-Inférieure est localisée au bord de l’Erdre, entre La Beaujoire et La Tortière. Ça a beau être obligatoire depuis 2000 selon les règlements européens, Nantes métropole ne veut pas cracher au bassinet pour participer au programme de guerre au ragondin. Dans son volet tourisme, Nantes métropole signale pourtant l’observation de ragondins comme des curiosités, à côté de hérons, lapins ou faisans, au détour de randos pédestres et de « sorties insolites ».

À quand un séminaire de formation de start-up de chasseurs de primes ? Bon, outre les chasseurs qui peuvent tirer à vue en battue, il y a déjà 852 piégeurs actifs en Loire-Inférieure qui ont dézingué 98 320 ragondins par noyade ou par balle en 2017. Officiellement bénévole, chacun attrape en moyenne une centaine de bestiaux indésirables par an. Pour doper leurs résultats, ils vont se doter de « cages connectées » (Ouest-France, 12/02) qui envoient un texto quand une bestiole s’est fait piéger. On dit que ça évite d’aller voir pour rien.

Côté chasseurs, « sacrifiant pour cela une partie de leurs week-ends » (Ouest-France, 14/03), ambiance en pétard : les battues au fusil pour exterminer les ragondins, ils les voient déjà comme une corvée, en plus, on leur interdit de tirer à partir de leur barcasse si elle est à moteur. Faut y aller à la perche. Peut être qu’une perche à moteur...
Tartaron de Saint-Frusquin

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