La lettre à Lulu
Lulu 73 - juillet 2011

Biquettoculture. Foncièrement coincés


Ni terrain d’entente, ni terrain tout court : les jeunes éleveurs de chèvres réduits au sort de paysans sans terre.


Biquettoculture. Foncièrement coincés
À l’époque où tout le monde veut bichonner la planète, pas évident de se trouver un coin de terre. Surtout si on est jeune et agriculteur. Parents de trois mômes, Denis et Manola, 31 ans, s’escriment depuis 2008 pour trouver un lopin dans leur coin de Teillé, une vingtaine d’hectares pour monter un élevage de 60 chèvres, et faire pâturage et fromage, les deux mamelles de la France qui veut vendre direct et local. Ils ont repris les études pour obtenir le niveau nécessaire pour s’installer agriculteurs. Pendant l’été 2010, ils apprennent qu’un voisin agriculteur veut prendre sa retraite, soit 58 ha bientôt disponibles, dont 27 bien groupés. Première étape: Denis et Manola obtiennent de la préfecture l’autorisation d’exploiter. « Notre projet semble alors en bonne voie. On réalise le "parcours à l’installation" : stage, formation, étude économique avec la chambre d’agriculture ». Deuxième étape : fin novembre 2010, la commission départementale d’orientation agricole leur donne la priorité et l’autorisation d’exploiter les 27 hectares demandés.

Blocage dans le bocage

Quinze hectares appartiennent à une propriétaire qui est d’accord pour leur louer. Les 12 restants sont la propriété de l’agriculteur qui part à la retraite. Mais lui veut tout refiler à un gros céréalier voisin qui lui offre une belle somme. Installé à 15 km de Teillé, ce céréalier (qui n’a pas voulu répondre à Lulu) exploite déjà plus de 300 hectares. Il a déjà repris deux fermes à Teillé, bénéficie des aides européennes qui favorisent ceux qui ont un maximum de surface. Un « accapareur », ça s’appelait, dans le temps. Manola et Denis tentent de négocier les hectares qui leurs seraient utiles. Impossible de trouver un terrain d’entente. Veut rien savoir, le type plein de blé.

Depuis, le projet de biquetto-culture est au point mort. L’agriculteur a abandonné officiellement son projet de retraite pour faire obstacle aux petits jeunes, même si, dans les faits, c’est le céréalier qui cultive l’ensemble des terres, sans autorisation d’exploiter, sous couvert de « travail à façon ». Sur le papier, c’est réglo. En réalité, c’est comme si les terres appartenaient déjà au céréalier. Un bon moyen de décourager les jeunes paysans.

Prends l’oseille et incruste-toi

Le bocage de Loire-Inférieure est terre d’élevage. Pour les céréales, il manque les sols profonds comme dans la Beauce. Mais les aides tombent partout où on les brigue. Et plus on a de surface, plus on palpe. Prédateurs, les gros agriculteurs revendiquent le libre jeu de la concurrence, principe très libéral même si eux ne vivent que du système de subventions de la PAC. Les aides européennes étant liées à l’hectare, ils rachètent au prix fort les petites exploitations à vendre et s’agrandissent sans créer plus d’emploi, le tout au détriment des petits projets. Cette rapacité de terrains grignotés depuis dix ans au fil des départs en retraite assèche le tissu local de l’agriculture. « On est en colère, dit Denis. Malgré une politique publique d’installation, un avis positif de l’administration et l’appui des syndicats agricoles, impossible de faire aboutir notre projet ».

Un groupe de soutien s’est créé. D’autres jeunes paysans bloqués par des accapareurs pourraient bien s’unir pour mettre au grand jour l’hypocrisie de l’agriculture où rien ne favorise vraiment l’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs. Des enjeux très terre-à-terre.

Thierry Laffron

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