La lettre à Lulu
Lulu 76 - mai 2012

Bizutages. La rentrée humilitante


Point de vie, brimades du monde à l’école dentaire et à l’école de communication visuelle


Bizutages. La rentrée humilitante
Bienvenue dans les centres d’apprentissage de la docilité et de la domination. Même si certains ne voient le bizutage que comme un moyen de soutenir le commerce de sacs poubelles et son stylisme trash. Étudiants en fac dentaire, à l’École de communication visuelle, mais aussi en pharma ou à l’école d’archi, vous n’entrez qu’en ayant été humiliés, collectivement, en public. Savoir subir, ça s’apprend.

L’association nationale contre le bizutage vient de tomber sur deux vidéos d’étudiants nantais, depuis retirées de YouTube, mettant en scène des apprentis dentistes encagoulés, des étudiantes à genoux devant des garçons, à qui il a été imposé de mimer une fellation. Autres images : « une simulation de flagellation avec élèves à quatre pattes dans la rue, un garçon habillé en fille, élèves assis salis horriblement, élèves faisant des pompes dans la rue, une bataille de farine, élèves en tenue SM dans la rue avec un garçon les fesses à l’air », note l’asso qui a dénoncé ces actes humiliants et sexistes. Pour la farine, passe encore. Tout le reste a des relents de frustration sexuelle et de test de docilité.

L’administration roulée dans la farine

À l’école dentaire, la responsable administrative hésite : Emmanuelle Hubert réprouve ces « dérapages inadmissibles », choquée en tant que femme et mère de famille, une enquête est en cours, mais de l’autre, elle laisse entendre que ce ne serait pas vraiment du bizutage, qui plus est pas dans l’établissement, juste une « sortie entre étudiants comme ça se fait ailleurs ». Ce qui tenterait de dégager la responsabilité de la fac. Tous les ans, les étudiants sont prévenus que c’est strictement interdit. Mais à l’école dentaire, « pas eu le temps de faire plus », ça se limite à une simple affiche... Avec l’efficacité qu’on voit. Chaque rentrée, l’académie ouvre aussi un numéro vert pour se plaindre de pratiques dégradantes dans son établissement. La ligne n’est jamais débordée. Les 130 assos étudiantes sont aussi avisées par la présidence de l’université que le bizutage, ça ne se fait pas.

Reste que ça existe toujours et que les filles sont les premières victimes de ces fantasmes sexuels imposés. Les bizuteurs parlent toujours d’esprit bon enfant, de fête de rentrée, utilisent le mot « intégration », puisque le bizutage est interdit. La loi qualifie de bizutage le fait « d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou commettre des actes humiliants ou dégradants ». Une infraction qui peut valoir à ses auteurs jusqu’à six mois ferme et 7 500 euros d’amende. Si certains établissements la jouent plus soft, le fond ne change pas. Il faut obéir aux injonctions les plus débiles, avec toujours un rapport de domination, une contrainte sous pression du groupe, le tout présenté comme une tradition et l’enjeu de souder la promo. Celles et ceux qui subissent trouvent parfois ça malsain. Voire insupportable, mais craignent les représailles pour avoir refusé le rituel. Ils voudraient bien qu’on les laisse tranquilles, mais ils n’osent pas supplier, même à genoux. 

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