La lettre à Lulu
n°31 - déc

Brière-pression. En voilà des pyromanières !



Brière-pression. En voilà des pyromanières !
Manifestations d’allégresse enflammée en Brière. Cet été, les chalands et bâtiments d’accueil d’un guide en barque en font les frais, comme le siège du parc naturel de Brière. Feu à volonté. Mais ceux qui sont aux pyromanettes tremblent : une enquête a été ouverte. Les chasseurs eux, savent bien que l’ouverture n’empêche pas de revenir bredouille, selon la tradition gendarmesque ici en vigueur depuis 15 ans : les plaintes déposées depuis 1985 contre les incendies volontaires, destructions diverses de maisons, cabanes, dragues des canaux, observatoires de la faune, sans parler des menaces, bombages sur des maisons et autres intimidations anonymes ont toutes été enterrées. Une vraie culture de la mise en brière systématique. Cet été, après les destructions de cabanes d’accueil des clients d’un guide en chaland et de deux de ses embarcations, mais surtout après le feu mis au bâtiment du Parc régional de Brière avec cinq millions de francs de dégâts, les pouvoirs publics ont voulu montrer que ça suffisait comme ça et que les impunis ne se cacheraient pas longtemps. On voit ce qu’on voit. C’est à dire rien. Une fois de plus, l’enquête s’enlise au bord des marais. D’accord, la zone est peuplée de natifs peu bavards dès qu’un képi se pointe. Mais l’omerta n’est qu’un mot et la similitude avec la Corse ne tient pas. L’excuse d’un milieu impénétrable est pratique pour éviter d’aller chercher ce qu’on veut trouver. La clandestinité, aux comptoirs des bistrots, ça se piste. Les enflammés capables de foutre le feu à tout bout de champ constituent une petite douzaine de suspects potentiels, et il ne serait pas si sorcier de déclencher une enquête serrée. Histoire de déterminer s’ils ont agi sur un coup de tête brûlée ou avec l’aval de plus modérés en apparence. Mais si «les gendarmes ont mis le paquet»* avec une cellule d’enquête mobilisant des pandores de cinq brigades, «une manière de procéder peu fréquente, qui illustre la volonté des gendarmes d’aboutir sur les incendies cet été», l’enquête montre qu’elle ne s’embourbe pas dans le non-dit et le non-droit. Avec une stratégie imparable : il suffit de laisser le temps s’écouler au rythme des saisons pour voir les coupables, rongés de remords, venir se dénoncer eux-mêmes.

<I>* Ouest-France, le 30 août 2000</I>

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