La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Ça fait pas un PET

Plastoc


Sur ces mètres carrés, le plastique est carrément bienvenu.


Ça fait pas un PET
Tout le monde y va de son coup de clairon pour saluer la création de 24 000 m² d’entrepôt au pied du pont de Cheviré, sur « une parcelle idéalement située sur le port », selon le jargon de promoteur idéalement repris sans ciller par la presse locale (Ouest-France, 28/09). La moitié de la surface accueille une boîte basée à Rezé, la SGT, spécialiste de préformes en plastique pétrochimique. Sans les courbes et les cannelures de chaque marque, ça ressemble à des capotes. Les clients, Coca-Cola, Cristalline, Nestlé, Danone, la grande distribe... La production 24h/24 de ces bouteilles en polyéthylène téréphtalate, alias PET (55 000 tonnes par an), et bouchons en PEhd (Polyéthylène haute densité), tous dérivés du pétrole, s’euphémise en « production de contenants destinés à l’industrie agroalimentaire ». Y compris ces plastiques opaques, plus légers, moins chers que le transparent, et dont l’industrie du lait est friande. Non recyclables, ces PET opaques « finissent en décharge ou en incinération, au prix fort pour les collectivités locales et leurs administrés », rappelle Que Choisir (19/02/2017) qui prône le boycott de ces bouteilles opaques jusqu’à leur interdiction. Le plastoc transparent est en théorie recyclable mais, pratiquement, seuls 49 % des rebuts ont une deuxième vie, le reste finissant enfoui en décharge, cramé par une usine d’incinération ou lâchement abandonné dans la nature. Et recycler n’est qu’un pis-aller après les premiers réflexes en R : refuser, réduire, réutiliser. San Francisco en 2015 et les enseignes Biocoop en France en 2017 ont banni la vente de bouteilles d’eau en plastique. C’est décidé depuis mai dernier, cantines et crèches de France doivent s’en passer avant fin 2019. Dans les congrès à affichage écolo, aux conseils communautaires, Nantes métropole, lauréat fin 2014 de l’appel à projet « Territoire zéro déchet, zéro gaspillage », remplace pour la forme les bouteilles plastique par des carafes. Et applaudit à Cheviré ce tremplin à l’embouteillage pétrochimique. La transition écologique, compte là-dessus et bois de l’eau hydrocarbure.

Aveuglé par la croissance et la création d’emplois, on en oublie de regarder le but de l’activité économique. à l’heure où on lutte contre les déchets plastiques, bouteilles y compris, il y a de quoi se poser des questions. Mais avec des si, on mettrait Rezé en bouteille.
Elmer Foudeboutanche

 

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