La lettre à Lulu
Lulu 53 juillet 2006

Camisole mio ! Pastis à gogo, médocs à gogols


« Allez, un dernier apéro avant de refiler leurs médocs aux neuneus ! » Quand la vie du centre de Mindin s'étale au tribunal, les juges ne prennent pas de cacahuètes.


Camisole mio ! Pastis à gogo, médocs à gogols
Aide médico-psychologique, Chantal a dénoncé les brimades subies par les résidants de la maison départementale de Mindin, l'établissement qui accueille les handicapés les plus lourds du département*, rebaptisé «établissement psycho médico social Le Littoral». Chantal a aussi pointé du doigt les apéros où le personnel s'alcoolise devant des malades privés de pastaga, avant de leur administrer les doses de médicaments avec le risque d'un coup dans les carreaux. Chantal a subi blâmes, rétrogradations, et plus de changements de services que d'années de présence dans la boîte. De fait, elle est en arrêt maladie prolongé. Sa direction tente de la décrédibiliser en évoquant son «mal-être», ses «problèmes relationnels et de comportement». Le vieux truc du chien qu'on accuse d'avoir la rage pour s'en débarrasser. À l'audience du 29 juin, l'avocate de l'établissement reconnaît que les maltraitances existent bien entre résidants. Pour le reste, Me Morvant-Vilatte utilise le mot «dysfonctionnement», pour dire aussitôt qu'il n'y en jamais eu: «Si c'était vrai, ce serait de notoriété publique».

L'horreur n'a jamais existé, et en plus c'est du passé, il faut tenir compte de l'évolution: tel est le message paradoxal tenu par la maison départementale de Mindin qui a collé un procès pour diffamation à cette salariée et à un animateur bénévole de la radio Alternantes qui lui a donné la parole. Le procureur concède qu'il y a une «ambiguïté entre le passé où il s'est passé des choses, et le présent et les efforts manifestes». Il a fallu attendre janvier 2005 pour qu'en cas de violence dans un service, un protocole d'intervention soit instauré. Huit ans avant, un résidant, Gwenvaël, a été violé par un autre pensionnaire. La même année, Sébastien, 30 ans, handicapé psychomoteur, sourd-muet et aveugle a été gravement brûlé au troisième degré, laissé seul dans son bain, avec un robinet d'eau chaude ouvert. Le personnel est débordé, quatre agents pour 23 résidants lourds d'un pavillon. Malgré plusieurs greffes de peau, Sébastien est mort peu de temps après. L'établissement de Mindin a été condamné en 2003 à verser 11 000€ à la famille de Sébastien. Les juges relèvent de lourds dysfonctionnements,
«des locaux vétustes dotés d'équipement souvent inadaptés», ajoutant que «la présence d'un personnel suffisant aurait permis d'éviter» l'accident.

Un rapport du sénat de juin 2003* sur la maltraitance envers les handicapés met en cause des formations notoirement insuffisantes du personnel, la loi du silence en vigueur, le «laisser-faire» des établissements couvert par les autorités de tutelle, les procédures d'inspection assoupies, les lacunes de contrôles par les Ddass et le rôle des syndicats préférant ne pas faire de vague pour éviter qu'on ne ferme les établissements. Un rapport de la Ddass note qu'en 2000, 363 faits de violence ont été consignés par l'établissement de Mindin, quasiment un par jour, chiffre réduit à 120 de janvier à mi-novembre 2005, date de l'enquête, soit quand même plus de 11 faits par mois. «Ce qui reste inacceptable», note Me Maillet, l'avocat de la salariée. Alertée, la Ddass a mené une enquête, expédiée en un jour auprès de seuls membres du cercle de la direction. Conclusion: tout va bien.
«La Ddass participe de la loi du silence et couvre les faits», dit Me Maillet.

Hospice, silence !


Malgré une enquête éclair auprès d'un public choisi qui doit confirmer que tout baigne, le rapport doit pourtant constater les problèmes d'alcool évoqué par Chantal. Ces apéros sont qualifiés de «moments festifs». À la santé des euphémismes ! Même si, pour l'exemple, on fait mieux. Les handicapés sont nourris aux médicaments, évidemment incompatibles avec le picton. Voyant les soignants se pochetronner allègrement, ils pourraient penser que c'est aussi bon pour eux. Sans parler du risque de se tromper dans les médocs et les doses administrées avec un coup dans le nez. Un autre rapport charge aussi l'établissement : l'inspection générale de la pharmacie a repéré qu'une fois absent, le pharmacien titulaire de la maison n'a pas été remplacé. Les cachets ont donc été supervisés par un pékin sans titre. Exercice illégal de la pharmacie, ça s'appelle. Et le «cahier des substances vénéneuses» qui, pour éviter l'évaporation et les marchés parallèles, fait l'inventaire des trucs comme morphine, opiacés et autres machins, n'est pas tenu correctement.

La direction, les syndicats, les familles, tous ont intérêt à ce qu'aucune mise en cause ne perturbe la carrière, ne risque fermetures de lits, licenciements, ou retour à la maison de l'handicapé lourdingue. Me Trébern, qui défend Philippe l'animateur d'Alternantes, explicite l'omerta: pression sur les victimes, chantage sur les familles, silence des professionnels. Il ajoute que la non-dénonciation de maltraitance est un délit puni de trois ans de prison. Il veut fâcher les blouses blanches de Mindin avec leurs fournisseurs de pastaga ou quoi ?

Michel Foucade

* « Le paradis des neuneus », Lulu n° 26, décembre 99
** rapport du sénat en ligne

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