La lettre à Lulu
Lulu 67 - décembre 2009

Centres aérés. Un management usé jusqu'à la discorde


Une action climat s'imposerait dans l'office des centres de loisirs. A l'Accoord, y'a des trous dans la couche du climat social.


À l'Accoord, la crispation des relations sociales, c'est comme une seconde nature. Sans remonter aux années 80 et à la déplorable gestion d'Eric Schlag den Hauffen, le baromètre des temps plus rapprochés filtre toujours avec tempête. Entre dirigeants et salariés, le climat est au dérèglement chronique.

Avec l'avant dernière directrice générale, les rapports ont été tendus. Usée par les tensions sociales, Sylvie Faugeras a jeté l'éponge en 2007, démissionnant sans avoir tenu deux ans. Vivant à Bordeaux, présente à Nantes juste trois jours par semaine, « elle a même trouvé le temps d'écrire un livre. On l'a découvert après », note un animateur.

Dirlo torticolique

Centres aérés. Un management usé jusqu'à la discorde
Son successeur, Michel Hadjab, fait bonne impression au départ. Le personnel se sent séduit par sa rhétorique de « citoyenneté salariale ». Le mot fait mouche : une liste indépendante prend pour nom les « salariés citoyens » et se fait élire au comité d'entreprise, en juin dernier. 11 salariés sur 14. Un vrai carton qui désavoue la CGT jusqu'ici en situation de monopole. Le directeur tente de miser sur la CGT et FO, minoritaires, contre ces trublions. Au comité d'entreprise, il ne regarde pas les nouveaux élus. Si on lui fait remarquer, il répond qu'il a un torticolis. Aux délégués du personnel, il lâche : « Il y a ceux qui me suivent, et ceux qui ne me suivent pas, et ceux-là, je peux leur pourrir la vie. » Avec la nouvelle liste d'élus au CE, la guérilla est permanente, accumulant les cas de délit d'entrave qui pourraient bien se retrouver devant tribunal dès les premières semaines de 2010. Une étude de classification du personnel a été commandée, « avec l'idée sous-jacente de passer une partie du salaire au mérite », s'inquiète un élu du CE. 150 à temps plein, en tout mille dont beaucoup à temps partiel – subi –, jonglant souvent avec de l'accueil périscolaire. La maison vit avec 12,6 millions d'euros de subventions Ville de Nantes.

Dirlo homme de ménage

Autour de lui, Michel Hadjab a fait le ménage. Il commence par un chamboule-tout des postes et fonctions. Son « organigramme réorganisationnel » (sic) est depuis quasi abandonné. Puis il achète à tours de bras des prothèses de management, flopée de logiciels de gestion et de contrôle : Comète (135 000 euros), la référence dans les société de vigiles ; Temporel pour gérer le temps de travail ; et un dernier, GLPI, genre mouchard pour surveiller les postes informatiques et le temps passé à chaque tâche. Parallèlement c'est la valse des cadres sup. Un directeur financier, que le patron vient de recruter, est éjecté avant la fin de sa période d'essai. Un mois avant le clash, le directeur général ne lui parlait déjà plus. Pour le départ, on se raconte la scène de genre dans la maison, le big boss sommant le cadre de débarrasser illico le plancher : « Vous prenez vos affaires, pas la peine de dire au revoir ! ». « C'est un argumentaire qu'a utilisé le salarié, mais je m'inscris en faux. Et j'ai des témoins. Attention à la diffamation. Depuis que je suis là, aucune grève, pas de mouvements de salariés dans la rue. J'ai le souci de l'humain », rétorque Michel Hadjab. Le directeur de la communication fait les frais de la réorganisation : mis au placard. Présente depuis les années 80, la DRH est poussée vers la sortie. Le big boss n'a pas apprécié de la voir danser avec des membres du personnel, lors de la cérémonie des vœux. Départ négocié. Depuis, Hadjab s'est promu chef de la DRH : « un poste plus politique qu'opérationnel, stratégique à l'heure de la déprécarisation », dit-il. Au service ressources humaines, la responsable du recrutement des animateurs est en CDD. Y'a du boulot pour la déprécarisation.

Vraiment contentieux

En mars dernier, un animateur du pôle informatique découvre que les messageries informatiques de la maison sont visitables par qui veut, avec un code d'accès par défaut. Ce qu'il signale immédiatement à la direction. Licencié. Réintégré quinze jours après devant le tollé.

Dernier épisode, les deux sanctions infligées à un élu du CHSCT sont finalement levées après une mobilisation des salariés du siège et des centres sociaux. Pour avoir signé en blanc une feuille de présence (pratique répandue dans la maison), Hakim a été mis à pied trois jours sans salaire. Le même jour, on lui colle un avertissement pour insubordination, alors qu'il a juste contesté l'analyse de sa hiérarchie lui imposant une « tempérance managériale ». L'hôpital qui se fout de qui, déjà ? « C'est une maison complexe », dit Hadjab. Avec une telle prolifération d'accrochages, le cabinet d'avocats Capstan hérite d'une rente de dossiers de contentieux.

En resignant la délégation de service public, la ville exige des résultats, des « gains de produc-tivité », un taux de remplissage à 95% des structures et séjours, tout ça sous peine de sanctions financières. L'esprit d'entreprise entre à l'Accoord. Le déficit en ressort : 1,4 millions d'euros pour le dernier exercice, annoncé en conseil d'administration. La mairie s'alarme, réclame des comptes hebdomadairement. L'ancien responsable administratif du Lieu unique vient d'être recruté, bombardé directeur général adjoint, mais à temps partiel. Original.

Si l'air devient irrespirable autour du patron de l'Accoord, il pourrait toujours trouver une place dans un centre aéré.

Akiya Sossioku

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