La lettre à Lulu
Lulu 102-103

Cette impayable école des beaux-arts

L’exotisme, passera pas


Les sanglots longs des violons d’allochtones.


Cette impayable école des beaux-arts
Être non Européen, ça se paye. Président de l’université, Olivier Laboux s’affirme  fièrement contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers. Siégeant au conseil d’administration de l’école des Beaux-Arts, le même Laboux a approuvé sans sourciller une telle sanction financière pour les non Européens le 28 juin. Alors que l’école projette d’ouvrir à Saint-Naz une prépa publique aux études d’art (tarif 3000 €/an), depuis la dernière rentrée, s’inscrire en licence coûte déjà double aux extra-européens, soit 1 200 €, et triple en master, passant à 1 800 €. Les étudiants ont été avertis par mail fin juillet, deux jours avant la fermeture de l’école l’été. « Une prépa à 3 000 €, c’est conceptuel », clame une banderole dans le hall. Le directeur de l’école, Pierre-Jean Galdin, l’a dit cash : « Les étudiants étrangers... on va se dire les choses, aujourd’hui pour les collectivités, y a pas de fric », après avoir épuisé d’autres versions, la « prise en compte de la réalité des  coûts pédagogiques » puis une « erreur sur le budget  prévu par le bâtiment » — mais pourquoi le faire payer plus aux méchants allogènes ? Au pied du mur, ces élèves en art venus d’outre-Frontex sont sommés d’acquitter la somme, sinon pas de certif de scolarité, pas de visa, pas de titre de séjour. « Ces frais d’inscription, c’est la porte ouverte à la logique ultralibérale », témoignent deux anciens enseignants en Angleterre. Leur expérience est éclairante : « Quand j’ai commencé à l’école d’art de Sheffield, tout était gratuit, pas de frais d’inscription, du temps pour expérimenter, dit John. Aujourd’hui les étudiants sont sous pression, payent 11 000 € par an, et finissent leurs études angoissés, avec de 30 000 à 50 000 € de dettes... Près d’un tiers ont des problèmes de santé mentale ». Ce qui mène direct à la logique personnelle de soumission à l’économie. Se conformer aux injonctions du marché de l’art, sans transgression sociale ou politique, c’est le seul moyen de s’espérer bankable au profit de riches collectionneurs.

Faut pas chercher d’étudiant africain aux beaux-arts, y en a pas. Mais ceux qui sont à la fac, le Guinéen Naïny, le Sénégalais Brahim, sont venus appuyer le mouvement en dénonçant aussi « la sélection par le chéquier et la nationalité, non par le dossier ou les projets » et « le contrôle des flux migratoires par cette logique financière ». En Guinée, le Smic est à 42 euros, en devise guinéenne CFA. S’inscrire en licence à la fac coûterait 64 fois ce salaire minimum, en master presque 90 fois... Une seule devise : les plus allogênés s’en vont

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