La lettre à Lulu
N°98-99 - décembre 2017

Chacun porte sa croix, sauf les yaourts

Blablablasphème


Oh bonté divine, en voilà des racontars outrageusement profanateurs. Encore un coup à se faire flanquer une calotte.


Urbi et phobi

Chacun porte sa croix, sauf les yaourts

Catho intégriste, Guillaume de Thieulloy, directeur de l’observatoire de la christianophobie le confesse au très réac canard-radio baulois : « En réalité, je n’apprécie pas trop le terme de christianophobie, parce qu’en ce moment tout le monde crée sa phobie… » (Kernews, 02/10). Appelle ça cathorépugnance, Guitou, et n’en parlons plus.

Croix gommées sur les yaourts

La croisade de Guillaume de Thieulloy et ses ardents christianophiles, c’est l’effacement des croix au pic des églises grecques reproduites sur les pots de yaourts. Une « opération commerciale insultante à l’égard des chrétiens ». À classer dans « tous les niveaux de persécution », « faits de mépris ou de haine » (toujours Kernews, 02/10). Son Osservatore curetono dénonce aussi la perfide « moquerie journalistique ». Les croix gommées aux clochetons ? « Une forme de racisme ». La mobilisation des rézosocios est saluée par Guillaume : « Les Français aiment la France dans son identité, son patrimoine et sa gastronomie. » Voilà le pseudo yaourt grec de la grande distribution adoubé au rang de patrimoine sanctuarisé. Croix de langue de bois, croix de fer, si j’mens j’vais en enfer.


Un drôle de pistolet

Le 5 octobre, au milieu de la messe, un drôle de paroissien entre dans l’église Sainte-Croix avec un flingue. Un faux, apparemment, juste un pistolet d’alarme. Et hop, le curé se carapate dans la sacristie après s’être fait braquer par Jésus. Jésus, le vrai ? C’est bien comme ça que s’est présenté le pistolero, ajoutant « Je vais faire parler de moi. » Une bonne sœur témoigne : « Il n’avait pas l’air bien. » Quel manque de respect pour son patron. Le procureur rassure :   Les premières investigations n’ont pas permis de mettre en évidence un caractère terroriste. » Le Jésus notoire n’a pas porté plainte pour usurpation d’identité, c’était donc bien le vrai en personne. L’enquête envisage l’hypothèse d’un réel retour sur terre de cet individu à la mortalité douteuse.


L'an zéro

C’est la multiplication des dieux. En août dernier, la police nantaise a arrêté deux fois le même gusse, la trentaine, qui prétend s’appeler Jésus-Christ (mais pas le même que celui qui a foutu la trouille au curé de Sainte-Croix), « né le 25 décembre de l’an zéro ». L’olibrius s’est dit « investi d’une mission divine » aux intentions un peu floues : il a chapardé pour 340 euros à la Fnac pour l’offrir à l’archange Gabriel. Il dit aussi être Arthur Pendragon, alias le Roi Arthur, de la Table ronde. On s’y perd. Direction l’hosto psychiatrique. Une semaine après, autre arrestation d’un autre type, 45 balais, sous l’emprise de boissons alcooliques et qui dit être Dieu. Cellule de dégrisement. Question grave : vaut-il mieux placer dieu et dieu-junior en garde à vue ou sous camisole chimique ?  

Indice d’esprits

Coach en parapsychologie, medium et discuteuse avec les esprits, Pascale Lafargue baratine au micro de la radio bauloise Kernews (29/09) qu’elle peut « se dédoubler et aller dans l’entre-deux-vies pour voir ce qui se passe de l’autre côté », qu’elle traque le « vécu lié aux entre-deux-vies et aux vies antérieures », affirme que « le karmique et le généalogique sont liés » et a eu comme cliente la double réincarnation de Juliette Drouet, muse de Victor Hugo, et de la demi-sœur de Guillaume le Conquérant. Et ça passe comme une lettre à la post mortem.  

Reliquette

L’ancien grand patron Didier Pineau-Valencienne, 86 balais, s’est fait construire une chapelle dans sa propriété vendéenne. Avec, dedans, un vrai morceau de chasuble, ou de soutane (ça fluctue d’un paragraphe à l’autre), du pape Jean-Paul I (Ouest-France 08/07). Tout ceci est passionnant. Tout à son sens de l’encensoir,  la presse bigotière annonce la cérémonie solennelle d’installation de la relique du bout de tissu : « Pour y assister, il est conseillé de prendre un siège. ». Et les saints sièges sont réservés aux saints culs ?  

Avec des si

L’église de l’Ouest a lancé en septembre une campagne de communication qui joue sur les mots : « La parabole : et si ce n’était pas qu’une antenne ? […] Saint-Marc : et si ce n’était pas qu’une lessive ? » (Ouest-France, 19/09). C’est risqué : et si ce n’était que ça ?  

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