La lettre à Lulu
Lulu N° 78-79 - décembre 2012

Circuit découverte. Le squat fait tache, ou pas


Bon ou mauvais squat, police ou tourisme, c’est selon.


Il y a des jours où le squat dans un lieu de culture est une gêne, un embarras qui génère un branle bas de combat de cabinets, un plan d’évacuation à la préfecture et un remue ménage de casques et de matraques. Il y a d’autres jours où le squat est un objet culturel, un spectacle à contempler en famille. L’été dernier, c’était un peu ça, avec l’installation dans des chambres de la cité universitaire rue Santeuil, confiée à Agnès Varda, conviée par le Voyage à Nantes. Un décor fabriqué soigneusement déglingue, pour faire comme la vraie misère, des murs explosés pour ramener de l’authenticité, quelques témoignages filmés, un peu misérabilistes. Une mise en scène du délabrement des squats devenu but de promenade touristique, évacuant toute dimension politique du mal logement. Déjà que le Voyage à Nantes a un choix d’œuvres d’art aseptisé, de simple divertissement, le seul thème qui aurait pu avoir une dimension sociale sombre dans la sensiblerie et le factice.

Les glaneurs et glaneuses du documentaire de Varda, c’était pourtant un regard plutôt authentique, généreux, charmant. Cette fois, les squatters sont désincarnés, réduits à une matière première pour une création hors sol, où tout est faux, y compris les planches en croisillon murant les ouvertures dans l’escalier...
Pendant l’été, une squateure, une vraie, a écrit une lettre ouverte à Agnès Varda : "Pendant ce temps, on trouve de la javel dans les poubelles où on récupère notre bouffe. La communauté urbaine se prépare à envoyer au tribunal ceux qui glanent dans les déchetteries. L’opération policière chlorophylle déporte en forêt les zonardes et zonards du centre-ville, en leur piquant leurs godasses pour éviter qu’ils reviennent trop vite faire tâche sur les trottoirs-vitrines. Nantes Habitat, bailleur social de la ville, mure des maisons en parfait état. Régulièrement, des Rroms se font virer de partout, et tout le monde s’en fout puisqu’on est dans une ville de gauche..." Cette réalité devrait donner une idée aux tour operators en mal de formules à sensations, cherchant de nouveaux produits touristiques de niche. Séjour immersion totale, SDF une semaine, javel à tous les repas. Il est prudent de réserver.

Jean Javelan

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