La lettre à Lulu
Lulu 100

Coeff’ biodiversif : on est couvert

Plum plum tralala


Si ce n’est toit, c’est la terrasse qui biodiverse.


C’est très green attitude ! Trois machins qui poussent sur une dalle béton suffisent pour entrer dans ce monde merveilleux que les technocrates qualifieront de « nature ». Concrètement, un toit-terrasse suffit pour rentrer dans les clous des règles  d’urbanisme reverdi qui entendent créer des « continuités écologiques » entre les confettis d’espaces assimilés « nature ». On lit page 36 du projet Plum, le nouveau « plan local d’urbanisme métropolitain », que dans les zones dotées d’un CBS, « coefficient de biotope par surface », les bâtisseurs devront respecter une « proportion de surfaces favorables à la biodiversité, au cycle de l’eau et à la régulation du microclimat, dites "surfaces éco-aménagées" ».

Ce coefficient de biodiversité, aussi dénommé « coeff’ de nature en ville », vise en fait à favoriser les toitures-terrasses, parfaitement imperméables mais vaguement verdouillettes, dont la surface sera prise en compte pour le calcul de la biodiversité. C’est la retombée dans les règlements locaux de la loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages », promulguée le 9 août 2016. 

Mais les spécialistes ont déjà quelques doutes : on ne pourrait vraiment parler de « continuité écologique » qu’avec au moins 15 cm de vraie terre végétale capable de créer des toits-prairies et sa chorégraphie d’insectes butineurs et d’oiseaux trimbaleurs de graines. 

À Nantes, seront agréées les « surfaces végétalisées extensives (mousses, graminées) sur dalle/toiture » couvertes d’un « substrat minéral » de 15 cm minimum (10 cm pour les faibles pentes). Ce substrat artificiel, les industriels de l’étanchéité l’ont déjà mis au point, mélange de cailloux, gravier et fausses pierres légères en matériaux expansés, le tout saupoudré de 10 à 30 % de matière organique, miettes de tourbe, compost d’écorce, pour que poussent quand même un peu d’herbacées et de plantes vivaces. Les écologues soucieux de vraie biodiversité critiquent l’usage de la tourbe, non renouvelable, et la pauvreté de ces sols peu propices à autre chose qu’à des plantes grasses. Mais vu d’avion, ce sera verdoyant, même si on n’aura biodiversifié que sur le papier des permis de construire. Il fallait souplifier les règles d’urbanisme. C’est fait. Feu vert à n’importe quoi.

Nicolas Ciboulot


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