La lettre à Lulu
Lulu 97 - juillet 2017

Color me crade

​Capillarité



Au lendemain du 28 mai, la course à péage a laissé des traces. « Color me rad », c'est ce concept tirelire : chacun paye 30 euros pour courir cinq bornes en se faisant balancer de la poudre de couleur* le long du trajet. 

La plaisanterie décoiffe : la poudre qui asperge les coureurs et coureuses colle à la peau, aux cheveux, le T-shirt résiste au lavage et garde ses taches. « Color me rad, le rose fait tache » titre la presse (Ouest-France, 29/05), au risque de mettre en cause le parti socialiste. « 25 shampoings sans succès », « Mes cuisses sont fuschia et j'ai encore du bleu sur la tête et pourtant j'ai frotté », se lamentent des victimes sur Facebook. Les organisateurs ont la parade toute trouvée : « bains d'huile et beaucoup de patience ». Trois jours après, les participantes ont fait peau neuve mais des brushings restaient toujours pétants arc-en-ciel deux semaines après. Le bon tuyau, échangé sur les rézosocios : utilisez les bienfaits détergents de l'eau de javel en piscine.

Officiellement, la poudre, fécule de maïs colorée, est supposée inoffensive. « Produit 100 % naturel, pas dangereux pour la santé et qui serait même comestible. Nous l'avons goûtée mais franchement... il y a mieux ! », baratinent les organisateurs. En avril 2016, à Rennes, deux étudiants de l'École nationale supérieure de chimie ont  rendu un rapport commandité par les pompiers d'Ille-et-Vilaine : poussière inflammable, voire explosible au contact d'une flamme ou d'une étincelle, risques d'allergie, d’eczéma, d'urticaire. « Leur inhalation prolongée et fréquente peut aussi provoquer des atteintes pulmonaires et respiratoires du fait de leur abrasivité », concluaient-ils en préconisant « le port de lunettes de protection et de masques anti-poussière ». Il y a aussi un précédent dramatique : en juin 2015 à Taïwan, la chaleur des spots lumineux sur scène, ou alors une cigarette, ont embrasé une même poudre colorée, cramant la peau de 500 étudiants venus danser à cette fiesta poudrée. 

Nantes manque d'ambition : un bel embrasement généralisé, dizaines de morts et centaines de grands brûlés, ça ferait du buzz. Nantes capitale mondiale de l'immolation à péage, pas besoin de réinventer la poudre.
Eugène Delacroix, Ella Bannière

* « Poudre aux yeux », Lulu n° 86-87, novembre 2014.

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