La lettre à Lulu
Lulu 100

Comment virer des ronces sans herbicide ?

Des mûres, pas des murs !


Le Jardin des Ronces, une épine dans le pied urbanistique de la métropole.


Piqûres de rappel : un budget de 61,7 M€, une « nouvelle offre de logement inscrite dans des éléments de paysage », 2 500 à 3 000 logements prévus dans ce secteur de Doulon.
Face à ce beau plan officiel, un gros hectare de friche maraîchère autogéré résiste à l’inscription dans des éléments de paysage. Le projet urbain de la ZAC Doulon-Gohard piaffe.

Le graff végétal « jardin à défendre » ouvre sur un grand potager commun autogéré, quelques parcelles individuelles, une cabane de jardin de bric et de broc, un verger tout juste planté, un vieux puits pour irriguer. Une « tour à feu » pour les veillées au clair de lune. Des ruches, un four à pain en pierre, d’anciens vestiges de pierre et de béton devenus refuges pour gens en mal de toit. Des fêtes de quartier populaires et non-aseptisées. Une terre menacée qui reprend vie depuis quatre ans, esprit de résistance face au rouleau compresseur métropolitain...


Nous prenez pas pour des concertés

Pour ceux et celles qui occupent, pas question d’intégrer les mécanismes institutionnels d’« imposition démocratique » et de concertation citoyenne pour projet urbain agricolisé. La défense de cet espace public comme un espace des communs passe par un refus formel d’intégrer la vitrine verte du projet des Gohards : aux Ronces, on lutte contre la politique métropolitaine d’ensemble. Dans les bureaux de nos aménageurs,  c’est un dossier épineux.

Comment se débarrasser de ces ronces envahissantes dans une cité à « objectif zéro phyto » ? Expulser un lieu de jardinage pour lui substituer un quartier vert hyper citoyenno-concerté ? Pas la meilleure idée de com’. Pacifier, amadouer... les techno-cerveaux cherchent la bonne stratégie pour éradiquer ces ronces accrocheuses.

Participer à la concertation ? Les squatteurs jardiniers ronciers ont répondu un niet net, assorti d’un pamphlet public contre ce simulacre de démocratie, boudant aussi le « lieu de convivialité et de ressources autour du jardinage en ville » créé par l’association Ecos pour verdir la vitrine du projet urbanistique des Gohards.


Pas à la bonne place ?

À l’automne dernier, en réunion publique, un enfant s’inquiète de l’avenir du Jardin des Ronces. Réponse de l’adjointe de quartier, Catherine Touchefeu : ce jardin « ne se trouve pas à la bonne place », et le collectif va devoir aller se planter ailleurs.La réponse de Nantes métro à Lulu n’est pas très précise : « Le projet d’aménagement prévoit de relocaliser les jardiniers volontaires sur un autre site, en zone naturelle. » Réaction à cette menace voilée d’expulsion : une manif le 2 décembre dernier, place du Vieux-Doulon, réaffirmant la résistance et suivie de la plantation d’un verger avec 200 personnes venues soutenir les jardiniers, toutes et tous prêts à s’opposer à toute tentative de travaux sur la zone à urbaniser.

Faute d’une solution herbicide efficace contre ces ronces tenaces, la métropole tente la récupération. Même les mauvaises herbes ont leur place dans le grand jardin métropolitain, du moment qu’on arrive à les valoriser. Pour preuve, depuis janvier, la nouvelle carte officielle de la « zone agricole des Gohards  » fait dorénavant figurer le Jardin des Ronces, que référence aussi Google ! À ce rythme, la prochaine ligne verte du Voyage à Nantes fera un détour par ces Ronces jardineuses.

Gilles Raclement


Si la culture collective et autogérée des ronces vous intéresse, infos et contacts dans le blog.

Lire aussi : Gohards, terre des gogos hardis


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