La lettre à Lulu
Lulu 68 - avril 2010

Comptes conjoints. Mon cumul sur la commode


Rubrique cumul des familles, et autres. Quand on est député vert, une campagne de communication est
parfois pleine d'arbres qui cachent les bosquets.


Comptes conjoints. Mon cumul sur la commode
En octobre dernier, sur son blog, le député vert François de Rugy rend public ses revenus politiques. Une transparence louable, après le scandale en mai 2009 des tripatouillages des parlementaires britiches qui passaient en notes de frais l'entretien de leur piscine, l'achat de télés écran plasma, une femme de ménage ou leurs impôts locaux. En France, pas de justificatifs, c'est une dotation et les députés n'ont aucun justificatif à fournir.

Comme une poignée d'autres avant lui, de Rugy entend alors briser un tabou. Il dénonce la manipe de chiffres quand ils sont partiels et oublieux des mandats dans les conseils d'administrations et autres petits à-côtés lucratifs. Lui dit tout. Il détaille ses ressources liées aux deniers publics. Part de l'indemnité de base. Soustrait les retenues. Ajoute l'indemnité de secrétariat, les mandats locaux (administrateur à la Tan, à Nantes gestion équipement). Au total 7 383,02 euros net. Il en reverse 1 295 euros à son parti, les Verts. Ce qui lui laisse 6 088 euros pour son job de député. Il oublie bien quelques avantages en nature : TGV gratos en première classe, taxi à Paname aussi, super tarifs dans des hôtels et gueuletons à tarif imbattable à la cantine très haut de gamme de l'Assemblée, prêts personnels à taux réduit. Sans compter depuis 2007 une assurance chômage à vie (1 390 euros) pour tout député qui jette l'éponge ou se fait bouler par les urnes. Cerné par le silence radio de l'écrasante majorité des autres élus, de Rugy y ajoute les 9 093 euros pour payer ses collaborateurs. C'est le côté patron de PME des députés.

Ouest-Transparence

Fin octobre, Presse-Océan fâche la famille de Rugy en indiquant que pour la transparence, il manque un léger détail: «L'une de ses collaboratrices (à mi-temps) était il y a quelques mois encore sa compagne, également conseillère régionale»*, soulignant qu'il n'y a là rien d'illégal, juste que les indem' restent ainsi «dans la famille». Une pratique critiquée par d'autres députés qui avaient déjà dévoilé leurs dépenses, notamment loyer de la permanence, paie des assistants parlementaires. Non, bien sûr, ce ne sont pas des proches ou des gens de la famille, précise Arnaud Montebourg, «ça se saurait tout de suite en circonscription et je recrute sur la compétence»**. Ces petits arrangements en famille concerneraient quand même 15 % des députés**.
François de Rugy, lui, s'est exposé aux râleries à l'intérieur de son parti: en 2008 et 2009, il a donc embauché pendant un an sa compagne, ancienne journaliste devenue conseillère régionale. Sa compétence n'est pas mise en doute, et ce n'est évidemment pas un problème d'emploi fictif, la responsabilité du journal du député en attestant. Madame n'apprécie pourtant pas, qualifiant de misogyne ce rapprochement familial des revenus et ce rappel de sa qualité «femme de»: «Rien n'est caché, à la différences de conjointes d'hommes politiques qui travaillent sans être déclarées. Là, l'enveloppe existe, ce n'est pas de l'argent supplémentaire. Peu importe le collaborateur. Je suis libre de travailler avec qui je veux, mon conjoint ou n'importe qui d'autre. Quant à dire que ça tombe dans la caisse de la famille, je m'insurge contre cette présentation: moi c'est moi, lui c'est lui». Et puis, il ne l'emploie plus, son député de conjoint ! De conseillère régionale, Emmanuelle Bouchaud est passée vice-présidente, c'est plus de turbin mais ça met plus de beurre dans les épinards bio, soit 3 706 euros bruts par mois.

Le conjoint député l'a un peu mauvaise: «Je fais la transparence, et ça se retourne contre moi. On ne demande rien aux autres élus qui restent soigneusement dans l'omerta». Lulu a donc demandé un effort transparent au maire d'Orvault, rival de de Rugy sur sa circonscription aux législatives. Outre sa rétribution comme maire, Joseph Parpaillon est vice-président de Nantes Métropole, conseiller général (membre des commissions aménagement du territoire et culture), et a un boulot à côté, secrétaire général de l'enseignement catho de Loire-inférieure. Sollicité plusieurs fois, il n'a rien voulu dire, l'opaque. Le bon dieu qui voit tout a scanné sa déclaration fiscale. Il ne
l'emportera pas au paradis.

Joseph Picaillon

* Presse-O, le 31 octobre 2009
** Le journal du dimanche, le 24 mai 2010
*** Lepost.fr, le 7 août 2009

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