La lettre à Lulu
Lulu 59 - déc. 2007/jan. 2008

Connectingue pipole

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On ne bouge plus. La ville est en tournage permanent. En multivision. L'heure de gloire vidéo au bord du trottoir.


Vous êtes dans le casting. Un grand film se tourne à Nantes. Un film dont vous êtes le héros à l'insu de votre plein gris. Quoique de plus en plus de caméras passent en couleur, délaissant le noir et gris de toujours. La flicaille - oh les gros profiteurs - veut bénéficier des réseaux de caméras. "La police espère être reliée aux images captées par les caméras du réseau de transports publics de la Tan d'ici la fin de l'année"*. C'est le grand fantasme des sociétés policières: big-brotheriser tous les lieux publics. Dans une exigence impérieuse d'ordre et de contrôle, rien ne doit échapper aux regards inquisiteurs. Les deux doigts sur la sarkoze du pantalon, le préfet Bernard Hagelsteen en rêve. Il a déjà obtenu l'interconnection de la quinzaine de caméras du réseau de vidéo surveillance publique de la ville de Saint-Herblain: les images arrivent en permanence au QG policier du commissariat central de Nantes. Il voudrait bien récupérer aussi les images tournées en continu par la compagnie de transports en commun de l'agglomération: officiellement une soixantaine de caméras, mais sans doute plus si on compte les caméras embarquées dans les rames de tram. C'est déjà possible sur réquisition judicaire, mais si c'était en flux continu sans autorisation, ça serait plus cool pour surveiller la canaille, la racaille et les fauteurs de troubles. Pour que son regard soit moins trouble, le préfet a même dit que le ministère de l'intérieur propose de financer les câbles de raccordement.

Le maire de Nantes a protesté un peu, mais n'a pas dit non. Pour la forme, Jean-Marc Ayrault réclame le retour de la police de proximité, s'offusque de ce "que l'État se défausse continûment sur les collectivités". Mais il ajoute: "Je ne dis pas non à l'amélioration des dispositifs de vidéosurveillance mais ce n'est pas la panacée". Et dites donc, M'sieur l'maire, c'est efficace pour calmer les classes dangereuses ? "La vidéosurveillance dissuade seulement les voleurs de pommes. Sinon, c'est l'effet plumeau, ça déplace la délinquance"**, répond Dominique Pécaud, sociologue à la fac de Nantes qui planche sur le sujet depuis cinq ans. Il note aussi que les caméras sont présentes là où on veut bien investir, là où il y a de l'argent. Quant à l'effet réel, la délinquance s'adapte à la vidéosurveillance. La violence mute, monte d'un cran, devient plus agressive, plus rapide. Ce point-là a été démontré par les Anglais, pourtant régulièrement érigés en modèles, ajoute le sociologue. Ils vous déprimeraient un parano, ces sociologues.
* Presse-Océan, le 18 janvier 2008
** Ouest-France, le 19 janvier 2008

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