La lettre à Lulu
n°37 - été

Coup de Barreau. Avocate cherche code du travail



Me Dominique Ulmann regrette d’avoir eu recours à la débauche, en allant chercher une vacataire du tribunal de Nantes pour la recruter en janvier 2000 comme secrétaire de son cabinet d’avocate. Un contrat-initiative-emploi, avec 24 000 F d’aide de l’Etat à la clé. Pour 169 heures de labeur et 6 890 F par mois, une maigre paye de dactylo, même si on lui confie la compta, les déclarations de TVA et de charges sociales du cabinet que Me Ulmann partage avec son époux, Me Yvon Chotard. On fait même assez confiance à la petite main pour lui refiler le traitement de dossiers de clients. Opérée, la salariée est en arrêt maladie un peu plus de deux mois d’été. Son retour au boulot sera bref. En octobre, celle qu’on félicitait est devenue «la pire des secrétaires», mise à pied et virée du cabinet sur le champ, pour faute grave, sans preuve. «Elle faisait mal son travail, jusqu’à du sabotage à la fin», dit Me Ulmann. Les fautes : des retards dans le traitement des dossiers, un rendez-vous dont l’avocate dit ne pas avoir été prévenue, un cas de mauvaise humeur au téléphone. «J’ai pété les plombs, elle coulait mon cabinet».

Seulement voilà, le motif a été récusé par les prud’hommes qui ont requalifié la faute grave en «cause réelle et sérieuse»*. L’avocate a été condamnée à verser indemnités de licenciement, congés payés et retards de salaires. Vraiment désagréables, les prud’hommes ont évoqué l’obligation de rembourser les aides reçues pour financer ce contrat-initiative-emploi. La faute grave aurait évité cette basse comptabilité de recouvrement. Contactée par Lulu, Me Ulmann rejoue l’histoire de la voyante extralucide qui ne voit pas de quoi on veut lui parler, et s’excuse : «Rembourser les aides ? Je ne sais pas si la loi est applicable… Je ne tiens pas à passer pour une bourgeoise qui veut toucher les primes de l’état. Je veux que mon cabinet marche.» Mais l’avocate connaît très bien la loi qui lui permet de ne pas payer les frais d’avocat de son ex-salariée, auxquels elle a été condamnée : «cette partie n’est pas exécutoire puisqu’il y a appel». Pas très confraternel, tout ça. L’avocat est un loup pour l’avocat.


<I*> Après le jugement du 25 février 2002 à La Roche-sur-Yon, la salariée a fait appel, ce qui sera rejugé à Poitiers.</I>

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