La lettre à Lulu
Lulu 45 juin 2004

Coup de Baule. Concerto capital en docile adoré


L’Ouest entreprenant a entrepris de séduire les entreprises mondiales. En deux jours. Pour la deuxième année à La Baule. Et toujours pas un château de sable de vendu.


Nombril du monde grâce à la World investment conference, La Baule a accueilli pendant deux jours “le Gotha des affaires” pour le “Davos des investissements”. Pour la deuxième année, la jet set du bizness, avec Raffarin et Romano Prodi, et quelques ministres comme cerises sur le château de sable. Rien que du big boss Europe et du directeur Monde de Whirlpool, Toyota, Sagem, Microsoft... Ici, on ne dit pas PDG, ça fait blaireau. On ne croise que des CEO (pour Chairman executive officer). Que du haut du panier. (Qui a dit : de crabes ? C’est mesquin). Extasions nous, au contraire, devant ce sommet de la pensée patronale gambergeant sur l’attractivité de la France, séduisant “les investisseurs les plus exigeants”.

Le reporter dépêché* sur ce haut lieu de la séduction des capitaux étrangers nous apprend qu’il ne faut pas confondre “délocalisation” et “investissement de conquête”. Nuance. Présidente de l’Agence française des investissements internationaux Clara Gaymard fustige “l’absence de fluidité du travail” et les “procédures interminables quand il faut adapter les effectifs au marché”. Toujours ce foutu droit du travail hérité du paléolithique supérieur qui empêche de dégraisser son personnel en temps réel des soubresauts boursiers.
À La Baule, chacun rêve de voir le capitalisme cosmopolite investir au coin de sa rue. Et Ouest-France déplore que “L’Ouest attire bien peu les investisseurs étrangers : la qualité de la main d’œuvre, la paix sociale, ou la beauté des côtes ne suffisent pas pour convaincre”*. Si les capitaux boudent, autant capituler. Devant un tel réquisitoire navrant, pourquoi s’obstiner à faire la danse du ventre pour aguicher les investisseurs ? Il ne reste qu’à conseiller aux prolos bretons de saloper soigneusement le boulot, de se foutre en grève sans même un motif plausible, juste pour le fun, avant d’aller dégueulasser les plages en badigeonnant le littoral du cambouis volé dans leurs usines.

Ouest-France, le 27 mai 2004.

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