La lettre à Lulu
n°25 - oct

Courtoisie de palais. Une audience ordinaire



Courtoisie de palais. Une audience ordinaire
Lève-toi et marche ! C'est ce qu'aurait pu ordonner le dénommé Lavergne, et néanmoins président de la cour d'assises de Loire Atlantique, officiant en ce jeudi 16 septembre, à l'adresse d'une dame d'une soixantaine d'années, incapable de se déplacer seule, atteinte, en plus, d'aphasie, et de la maladie de Parkinson. De surcroît, elle ne comprenait ni ne parlait le français.

Monsieur le président n'avait qu'une idée en tête : cette vieille dame devait dénoncer son fils, présent dans le box des accusés, auquel on reprochait une visite musclée à la Caisse d'épargne des Dervallières.

Une jeune fille -sa fille- se tenait auprès de la dame. On lui enjoignit de traîner sa vielle maman devant la barre. L'aboyeur de service se précipita pour y déposer une chaise, et les pandores prêtèrent main forte à la demoiselle quant au transport de la dame. L'accusé s'énervait : il fut menacé d'expulsion. Les spectateurs eurent quelques murmures timides de protestation ; les jurés étaient impassibles, solidaires du président ; l'avocat général -un certain Vinatier Guy, dans le civil- maugréait on ne savait trop quoi, ni lui, sans doute. La justice se faisait honte au quotidien, une fois de plus, sans état d'âme, et la pauvre vieille put se mettre à pleurer sans que nul n'y prête la moindre attention. Elle était enfin assise, et monsieur le président s'en réjouissait.

- Bon ; que pouvez-vous nous dire de la journée du 8 juillet 1997 ?

- …

- Est-ce que vous comprenez ce que je vous dis ?

- …

- Ecoutez ; je crois que l'on va renoncer à "entendre" cette dame. Qu'on la ramène sur le banc, et vous, mademoiselle, approchez-vous de la barre.

- Pour quoi faire ?

- Approchez-vous-vous de la barre ! Parce que j'ai décidé qu'il en serait ainsi !

Les mêmes gestes pitoyables se renouvelèrent dans le sens inverse, puis le président s'escrima à "cuisiner" la demoiselle, sans grand succès, il faut bien le dire.
Soudain, Vinatier Guy, déjà cité, fut pris d'une colère historique et se mit à vociférer contre l'accusé, fils de la vieille dame, gesticulant sans discontinuer, tenant des propos pratiquement incohérents, quand personne ne lui avait rien demandé, puis se calma tout aussi soudainement.
Le président crut devoir justifier le moment d'égarement de son complice : il le comprenait comme on sait le faire entre copains.
Des copains comme ceux-là pourraient apparaître insupportables, en tout cas, indignes de la tâche qui leur est confiée, et chacun, dans la salle, devait se dire qu'il n'aurait pas voulu avoir affaire à eux.
C'est ignorer, hélas, que ceux-ci sont en tous points semblables à ceux-là, que le moule est unique, que fonctionner n'est pas vivre, et oublier que la pièce d'une machine n'est pas dotée de sentiment ni de réflexion. Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Non…

Une sacrée boulette

"Monsieur le Président, Mesdames, ne nous voilons pas les yeux : la drogue, et en particulier le shit (sic), circule dans nos prisons. Tout le monde le sait, et nul n'y peut rien. C'est ainsi. Le drame, c'est qu'il y a des gens qui la consomment ! (resic). Cela, c'est inadmissible…" L'accusateur de service à l'audience de la 3ème Chambre, le 6 septembre dernier, ânonnait cette fatalité d'un air désabusé malgré la modernité du langage. Il n'avait pas le moral.

C'est qu'un gramme et demi de haschich avait été découvert au fond d'un paquet de cigarettes par un des limiers de la matonnerie nantaise, à la maison d'arrêt, dans la poche d'un détenu. Ce gramme et demi-là n'avait donc pas été consommé ? Attendez, attendez !
Il fut remis, contrairement à l'usage, au Greffe de ladite Maison d'arrêt. Les pandores, avisés, débarquèrent pour entendre le coupable et prendre livraison de la marchandise. Mais foin de cette dernière : elle n'était plus au greffe ; nul ne s'y souvenait en avoir vu la moindre trace ! Disparue ! Partie en fumée, comme qui dirait !
Alors, oui ou non, ce gramme et demi de shit avait-il existé ? Le greffe disait non, le substitut, oui. Le détenu, lui, n'était au courant de rien.

Penchons tout de même pour les accros du pétard administratif, puisqu'il est bien connu que le shit fait perdre la mémoire. Ils ne savaient même plus quelle peine purgeait l'intéressé, pour une autre cause ! Trois ans, affirmaient-ils ; quatre, Monsieur le président, reprit timidement le prévenu.

Quatre ? s'étonna le président. Deux mois supplémentaires… La drogue circule dans les prisons ; le pire, c'est qu'il y en a qui la consomment. C'est ben vrai ça !

Georges Courtois

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