La lettre à Lulu
Lulu 70 - novembre 2010

Cul & lib. À précaire, précaire et demi


Association de formation et d’insertion, Culture & Liberté disparaît. Public de précaires, association précarisée, formateurs dans la précarité. Une logique implacable.


Naufrage sans le moindre remou. L’association Culture & Liberté a sombré corps et biens, après 37 ans de bons et loyaux services. Disparaît ainsi une des plus anciennes associations d’éducation populaire, alphabétisant des migrants, formant à l’aide à domicile, développant la découverte de métiers pour les jeunes. Ce qui pourrait passer pour un aléa de financement montre en fait l’absurdité du système sous la responsabilité des collectivités. La précarité découle de l’incertitude de décrocher ou non les appels d’offre. C’est un peu à la loterie. On gagne, on perd. Et on tire les prix vers le bas. Pour répondre aux soubresauts des demandes de personnel, les formatrices sont employées temporaires, en CDD d’usage. Intermittentes du contrat, ces formatrices de niveau bac + 5, payées onze euros de l’heure, jonglent entre plusieurs structures selon les opportunités. «Ces formateurs, mal rémunérés et précarisés à l’extrême, souvent jeunes et fortement diplômés, partagent l’envie de faire œuvre utile et jettent toute leur énergie dans l’accompagnement du public qui leur est confié sans trop penser au lendemain dont ils savent l’incertitude», indique le faire part de décès rédigé par les administrateurs.

Publics précaires, formateurs précaires. Logique. Le recours aux appels d’offre a introduit la logique libérale, la fonction sociale devient une marchandise, soumise à la concurrence, à la rentabilité. «Les budgets sont non seulement faibles, aléatoires, mais nos trésoreries sont mises à mal par des règlements européens, très tatillons, et des bailleurs qui paient avec un à deux ans de retard», explique Guy Letertre, président de Culture & Liberté, basée à Rezé, condamnée à mettre la clef sous la porte le 28 septembre, dans l’indifférence générale. Le passif ? Pas énorme pourtant : 233 000 euros, en comptant des créanciers comme l’Urssaf que la trésorerie fragilisée n’a pu honorer. La liquidation judiciaire laisse quatorze salariés sur le carreau. Et pas même une larme de crocodile des dirigeants de la ville. Faut dire qu’ils sont un peu liés à la chute, via le Plie, plan local pour l’insertion et l’emploi, dépendant de Nantes Métropole. Le Plie devait 60 000 euros. «Ils nous ont dit qu’ils ne nous paieraient pas, prétextant des irrégularités. Il a fallu batailler, même si les contrôles européens nous étaient favorables. Les retards nous ont plongés dans le rouge», dit Guy Leterte. La somme n’a été versé qu’en juillet dernier. Trop tard. Faut dire ausi que les élus appuient à fond «l’école de la deuxième chance» qui se lance au même moment. «C’est en gros ce qu’on faisait déjà avec les jeunes», soupire une formatrice, dépitée.

La place est libre pour la concurrence. À terme, le gâteau pourrait être livré a de grosses sociétés d’intérim comme Adecco, déjà très présent dans les marchés générés par Pôle emploi. Mais en se centrant sur les formations de publics employables, donc rentables. Les autres n’ont qu’à devenir traders avec une méthode Assimil dégottée dans un vide grenier…

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