La lettre à Lulu
Lulu 71 - décembre 2010

Déchéance. Ma cabane au blablabla



Villa-déchets par-ci, villa-déchets par-là. Le projet de maison réalisée à partir d’éléments recyclés occupe l’espace médiatique. Sollicitée, la presse tartine. Recherche de bénévoles, jeu concours et vente aux enchères de nuits à passer dans l’objet devenu le dernier privilège branché, parrainages de people, animatrices télé, voileux, chefs cuistots, mais pas une seule baleine. Plutôt tiré vers le show biz de deuxième zone, faute de mieux. Bling, à défaut de bling bling.

Les plus notoires de ces écolos de salon ? Bruno Solo, Jean-Pierre Coffe. Il y a même une chanson gnangnan vantant la maison. Logos partout, label autoproclamé «100 % durable». Et bien sûr, site web, blog, twitter, facebook et tout le tralala. Les logos attestent de partenariat avec des institutions, ou des entreprises comme Maisons du monde, siège à Vertou, qui malgré son nom n’a rien d’une ONG philanthropique : ses 175 magasins vendent du mobilier et des gadgets déco dans toute l’Europe.

Cotée en bourse, détenue par les sociétés de capital risque Apax partners et LBO France, Maisons du monde vend des meubles de style colonial en bois exotique de Java, de Chine ou d’Inde, mais après déforestation, promis juré, ils assurent qu’ils reboisent. Une entreprise qui se dit très concernée par la question d’écologie, mais sur son site l’engagement se résume à «un geste fort pour la réduction des déchets» en distribuant des autocollants « stop pub » à poser sur sa boîte aux lettres. Ça change tout.

Une entreprise que les salariés de Vertou ou d’ailleurs en France considèrent comme «à fuir» : «salaires minables» et dépassements d’horaires, gros turn over de salariés fatigués et écœurés, démissions,
licenciements, qui font dire à ceux qui arrivent «Tu n’es que le suivant sur la liste»*.

La villa déchets est donc un projet bien construit. Mais surtout comme un objet de com’. A quelques kilomètres de là, dans les zones agricoles de Notre-Dame-des-Landes, quelques poignées d’auto constructeurs anonymes font la même chose, sans le moindre tapage médiatique. Par économie, par conviction, ils et elles récupèrent des matériaux, bâtissent des cabanes sans plan marketing, des maisons de fortune sans pipolisation, juste pour occuper le terrain contre le projet d’aéroport.

*témoignages sur le site www.notetonentreprise.com

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