La lettre à Lulu
Lulu 59 - déc. 2007/jan. 2008

Défilé de mode

Le général Cornecul fait son kaki nerveux


La brigade des attifés à la va comme j'te pousse a poussé un peu loin. Ça l'a prodigieusement énervé, le chef.


Garde à vous! C'est quoi ces gugusses les deux doigts sur la couture du pyjama d'opérette? Le négligé des troufions, des galonnés et des sous-offs, ça commence à bien faire. Le général Bonnemaison qui commande à Nantes la 9e brigade blindée légère de marine a rappelé à ses subalternes les méandres rectilignes de la pensée uniforme. Bien plus fort que la pensée unique. La lettre a été publiée sur le site internet de l'Adefdromil, l'association de défense des droits des militaires*. Il se déclare énervé par la mode des fringues fantaisistes, ou, dit en jargon bidasse des «effets non réglementaires», mais vendus dans les foyers des casernes. «Le principe de base est simple. Il y a une tenue et une seule: c'est celle du chef. Qui doit être lui aussi dans la tenue de son chef». La discipline gigogne quoi. Pour les pompes, même topo: «Ceux qui ont des problèmes de semelles orthopédiques, comme c'est mon cas depuis trente ans, s'adaptent; non pas en choisissant les rangers charentaises avec pompon attenant et intérieur douillet, mais en prenant une taille de rangers adaptée à leur morphologie; j'ai dit une taille et pas une marque (…) On peut comprendre ces écarts de tenue pour des adolescents avec boucle d'oreille et gel dans les cheveux. C'est leur manière de montrer leur différence. Mais voilà: vous n'êtes plus des ados et vos hommes ne doivent plus l'être».

En matière de tenue, il faut suivre le patron: «Un militaire gros, avec bajoues attenantes et aucune visibilité sur son ceinturon enfoui sous des lipides abondants, n'est ni dissuasif ni crédible et j'aimerais que tous, quel que soit votre âge, vous fassiez comme moi qui, jour après jour, lutte pour rester svelte (…) Je vois ici ou là, des pattes sur les oreilles qui descendent de plus en plus». Prodigieusement fâché tout rouge, le général: «Cela m'énerve prodigieusement de devoir m'occuper de problèmes de cornecul. Donc, si je m'en occupe, c'est que je prendrai des sanctions de cornecul. Et si cette lettre s'adresse aux officiers, qui commandent, c'est à eux - en tant que chefs qui n'ont pas répercuté mes ordres ou qui sélectionnent les ordres auxquels ils ont l'intention d'obéir - que j'expliquerai dans mon bureau les choix de carrière que j'ai cru bon pour eux parce qu'ils ont cru bon d'avoir des lois différentes de la mienne. (…) Montrez l'exemple, commandez, exigez d'être obéi. Vous êtes intelligents, vous commandez des types qui le sont et sauront comprendre ce que vous leur dites. Pour les cons, je m'en occupe».
Ces généraux ont vraiment du temps libre, pour s'occuper de tous les cons en uniforme.
Marcel Pyjama

* Extraits publiés par Presse-O le 30 janvier 2008

Tif et Tondu. Maître Capillo
Histoire de ne pas couper les cheveux en quatre, petit extrait de l'article 16 du décret 2005-796 relatif à la discipline générale militaire. À la rubrique coupe de cheveux: «Les nécessités de l'hygiène, de la sécurité et du port des effets et équipements spéciaux impliquent de fixer les limites à la longueur des cheveux et au port de la moustache et/ou de la barbe. L'aspect de la chevelure dépend essentiellement de la morphologie de chaque individu, de la contexture de ses cheveux et du soin qu'il apporte à leur entretien. L'attention sera portée principalement sur l'aspect net et soigné de la chevelure et sur sa compatibilité avec le port de la coiffure». Suivent les critères applicables à toutes les armées: «L'épaisseur ne doit pas être telle que le bandeau de la coiffure réglementaire y laisse une marque ou provoque une saillie des cheveux; la coupe doit être dégradée et, dans le cou, s'arrêter au plus bas à mi-chemin entre le niveau du bas de l'oreille et le col de la chemise ou le col amovible; les pattes doivent être droites, de faible épaisseur; elles ne doivent pas s'étendre en dessous d'une ligne tracée à mi-hauteur de l'oreille».

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