La lettre à Lulu
Lulu N° 80 - mai 2013

Dégage, on reloge. Roms en tri sélectif


Délogez, délogez, il en restera toujours quelque chose.


Y a pas de rêve hivernale qui tienne. Dix jours après avoir expulsé une quinzaine de familles du terrain près des anciens abattoirs, on en reloge. Une. Ce terrain sans avenir, abandonné, inconstructible, appartient à Nantes Métropole. Son président, le sudiste Gilles Retière annonce fièrement que la ville de Rezé-les-Nantes dont il est maire lance ce relogement sélectif pour une seule famille et avec bien des réticences : « Aucune famille ne remplissait complètement les conditions requises du projet de vie en France », indique Gilles Retière*, par ailleurs auteur d’un bon mot sur les « invasions successives » de Roms en 2008** quand les expulsions étaient déjà un rituel municipal. Depuis, autre rituel, les derniers vœux du bourgmestre de Rezé ont célébré le « soutien aux publics fragiles ».

Dans les conclusions juridiques du « plaise à la cour » produit alors par l’avocat de Nantes Métropole, la collectivité explique que sa bonne volonté a des limites qui sont purement numériques. Nantes et son attractivité internationale ne peuvent pas tout : « Les Roms représentent une population d’environ dix millions de personnes en Europe centrale, dont un à deux millions en Roumanie. Il est évident que les collectivités de l’agglomération nantaise dont les moyens et les budgets sont limités, ne peuvent intégrer l’ensemble des Roms présents en Europe ». De dix millions, on passe donc à neuf individus. Il faut se montrer compréhensif.

Il y a de ces phrases terribles si on les lit au pied de la lettre. Si aucune famille ne remplit les conditions, si personne n’avait de « projet de vie », c’est peut-être pour s’être résigné à la survie. Ce qui n’est pas un projet, monsieur le maire, on vous l’accorde. La dernière expulsion les a poussés sur un autre terrain de fortune où ils vont s’obstiner à vivre dans des conditions de vie insalubre, sans eau, ni électricité et même pas de containers à ordures. Les sanitaires, les poubelles, les raccordements à l’eau et à l’électricité, c’était l’été dernier, sur le terrain du Pendule. Fallait pas faire de vagues, rien brusquer pendant le Voyage à Nantes et la touristomania. Le retour à la grande précarité a suivi, les expulsions toutes saisons aussi. Mais une famille relogée dans une maison en dur, c’est un message. C’est le mot dur qu’il faut retenir.

* Presse-Océan, le 27 février 2013
** Presse-Océan, le 19 septembre 2008

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