La lettre à Lulu
n°35 - déc

Démocraques. Nantes vaut bien une promesse



Démocraques. Nantes vaut bien une promesse
L’urbanisme est une affaire trop sérieuse pour laisser ça entre toutes les mains. L’avenir des friches laissées par les Chantiers Dubigeon et plus largement le secteur baptisé Ile de Nantes se fera sans que l’autochtone vulgum citoyen pécus puisse débattre en amont du projet urbain. Carrément escamotée, oubliée, l’idée des Ateliers publics d’urbanisme ouverts aux experts comme aux non spécialistes, associations et habitants lambda. Une vieille idée d’Ayrault et de Dominique Perrault nommé pompeusement «architecte-conseil» de la Ville de Nantes en 1990, qui voulait créer un lieu d’exposition et une instance pour «valider les projets et les aménagements avant de les soumettre aux décisions». «Cheville ouvrière d’accompagnement et de coordination (…) forme de concertation éloignée de toute démagogie», insistait Patrick Rimbert (1). A la demande d’Ayrault, Perrault avait même présenté à Paris en 1995, juste avant le scrutin municipal, une grande maquette de l’île, qui est toujours restée à Paris, jamais montrée à Nantes après la réélection de Jean-Marc II. Un plan-relief de 40 m2, démontable «ce qui permet de la modifier en permanence facilitant une représentation évolutive du projet urbain» (2). «Deux fois par an, nous organiserons des débats publics et une synthèse des travaux sera présentée chaque année», affirmait Ayrault il y a huit ans (3). On attend toujours. En décembre 1991 un mémoire de maîtrise a été soutenu en fac de géo nantaise sur «la participation du public à la réhabilitation des friches industrielles» à partir d’études de cas à Londres. Il faut se méfier des idées de nos voisins rosbifs. Cette initiative d’atelier public d’urbanisme qu’Ayrault avait promis d’ouvrir dès l’automne 1995, d’abord dans l’ancienne gare de l’État, puis dans un ancien atelier de matelas jouxtant la Trocante, a totalement disparu de son discours et de ses plans aujourd’hui.

La démocratie, c’est bien joli, mais faut pas pousser. «Le projet doit refléter notre conception du développement maîtrisé de la ville, de ses fonctions métropolitaines et du développement durable» (4) résume désormais Ayrault dans la plus pure langue de bois. Il faut sans doute lire dans ce «notre conception» un pluriel de majesté. Et la majesté ne saurait s’encombrer des avis du petit peuple.


<I>(1) Armen n° 80, octobre 1996.
(2) Presse-Océan, 3 mars 1995.
(3) Presse-Océan, 23 fév. 1993.
(4) Armor n° 382, nov. 2001.</I>

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