La lettre à Lulu
Lulu 65 - juillet 2009

Dingo dossiers. Des soignants bien patraques



Folles journées. Passionnément, à la folie pas du tout

Ancien artisan ébéniste, Simon* a été embauché comme moniteur d'atelier bois, en remplacement d'été en juillet 2004. Puis il enchaîne sept autres contrats précaires de « moniteur » ou de « soignant atelier », avec la perspective d'un CDI au bout. À l'occasion, l'ANPE a trouvé « insolite » la succession de CDD puis d'emplois aidés de Simon, qui remplace cinq titulaires, moniteurs des ateliers thérapeutiques bois, jardin, taille de pierre... Il est bien noté, au point que l'établissement lui propose et finance une formation en trois ans d'éducateur technique spécialisé. Des sessions d'une semaine à un mois dans un institut d'Angers, l'Iframes. Tout baigne pendant trois ans, il a de bonnes notes, jusqu'à ce que son sens critique froisse certains formateurs. Ce qui lui vaut de se faire virer. Sans qu'il sache ce qu'on lui reproche, il se voit signifier à l'automne 2008 un « arrêt de formation » mais aucun fait précis, hormis le vague grief de « rechercher systématiquement la confrontation au cadre ». Il trouve de suspectes analogies avec le management néo libéral, « pédagogie de la peur », « dérive autoritariste ». Alors qu'il avait jusque là soutenu Simon (« très investi dans son travail », « sensible, à l'écoute des patients »), le psychologue de l'ADAH tourne casaque avec l'ensemble des dirigeants. Les délégués du personnel admettent vite que l'arrêt de la formation de Simon pose aussitôt la question de la poursuite de son travail à La Mainguais. Voilà que l'homme à tout faire n'est plus bon à rien. Le 26 mars, le directeur lui écrit qu'il le « dispense de toute activité professionnelle » jusqu'à la fin de son CDD, tout en versant le salaire mensuel. Trois mois de placard au frais de la princesse, dans une institution qui a un déficit de 400 000 euros, c'est de l'agent jeté par les fenêtres.

* Prénom modifié
(http://chroniquesociale.blogspot.com/)

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