La lettre à Lulu
n°38 - nov

Draculades. La rafle prise le Roumain dans le sac


Le GIR : voilà une fringante brigade interdisciplinaire qui excelle dans le roumaniement d’armes.


Draculades. La rafle prise le Roumain dans le sac
Après avoir félicité ses flics pour la brillante opération anti-Roumains, Sarkozy a rendu hommage aux saute-dessus de la BAC, la brigade anti-criminalité et a livré la quintessence de sa vision du métier : «Le premier travail de la police, c’est l’interpellation»*. Fichez le plus de monde au gnouf, ça rassurera le bourgeois.

Détonnant avec les regards énamourés des flics sous le charme de Sarko, le SNOP, le Syndicat national des officiers de police s’est fendu d’un communiqué qui dénonce le coup de bluff de la razzia chez les Roumains. Une œuvre du GIR**, le Groupement d’intervention régional. C’était le 9 octobre. Assistés de dix traducteurs, 280 gendarmes, policiers, douaniers, agents du fisc, raflent 102 ressortissants roumains. 66 sont mis en garde à vue et 9 envoyés au trou, incarcérés sans autre forme de procès. Pour des vols à l’étalage et dans des voitures en stationnement ! Aussi incarcéré, un bon Nantais, le logeur de la colonie, qui ne semble passible que d’hébergement clandestin. Ces crimes majeurs font certainement vaciller les fondements même de la République.

Quinze jours de planque n’ont pu constater que le transfert de sacs-poubelles dans un coffre de voiture. L’enquête préliminaire a donc peiné à fonder l’accusation d’«association de malfaiteurs» qu’il fallait coller à ces Roumains. Il manque tout, des armes, des écoutes téléphoniques de suspects et autres artefacts classiques qui permettent aux magistrats de parler de malfaisance en bande. Là, rien. Finalement, seul le Nantais qui a logé ces Roumains se retrouve accusé d’«association de malfaiteurs». Ce qui invente l’association à associé unique. Un concept intéressant.

L’opération s’est menée dans la pure précipitation, dénonce le SNOP : «la soixantaine de policiers présents n’a pas été informée du contenu précis de la procédure et des objectifs», si ce n’est un lieutenant-colonel de gendarmerie, dirigeant le GIR qui clame : «Frappez aux portes, si un Roumain ouvre, interpellez, après on verra !»
L’opération est lancée par une lettre cosignée du procureur et du préfet qui dit «devant la recrudescence des vols à la tire et à la roulotte, veuillez contrôler la communauté roumaine». Comme si on déclarait suspect l’ensemble des cathos pour les commandos anti-avortement de certains ultras. Ou s’il fallait contrôler la communauté des PDG devant la montée des scandales boursiers.

«Ces méthodes rappellent une période historique où les forces de l’ordre interpellaient des gens en raison de leur appartenance à une religion», ajoute le syndicat des officiers de police en assimilant l’opération à une Vel’d’Hiverie d’automne. Une rafle tellement bâclée que «les gardés à vue ont été relâchés sans que la notification de la mesure leur ait été notifiée. Les gendarmes ont dû retourner les interpeller pour terminer la procédure». Tout en ajoutant : «Le résultat de l’affaire choque les officiers de police de Nantes. Alors qu’aucun fait de vol à l’étalage reconnu par les mis en cause n’a été rapproché de plainte précise, neuf mis en cause ont été écroués». Surtout que dans des affaires beaucoup plus graves que le simple recel (la qualification finalement retenue dans la majorité des cas), on se contente d’une simple convocation de justice. Là, on garde en prison dix personnes accusées de recel.
Quant à la garde à vue, elle a été effectuée hors normes, la gendarmerie de Doulon enfermant ainsi une trentaine d’hommes et de femmes dans 30 m2 toute la nuit sans fournir la moindre couverture. L’un des Roumains arrêtés a un problème de rein. Sous dialyse, il attend une greffe. Demande assistance. Il s’évanouit pendant la garde à vue. Patience, on va s’occuper de lui. «S’il n’a pas été incarcéré, il le doit au bon sens des prisons de Nantes et de Fresnes qui ont refusé de l’admettre, vu son état de santé», explique un avocat.

Ce n’est pas tout. «Le SNOP regrette que cette affaire ait été traitée dans l’urgence pour, comme dans d’autres régions auparavant, précéder la venue du ministre de l’Intérieur (...) Bien des affaires traitées quotidiennement par les forces de police sont beaucoup plus efficaces pour la sécurité des citoyens, mais sont beaucoup moins médiatisées». Quand on pense que les félicitations d’Ayrault à Sarkozy ont été aussi médiatisées (voir encadré ci-contre), on mesure le désastre en chaîne. Les Roumains, eux, gardent leurs chaînes.


<I>* Ouest-France, 18 octobre 2002.
** Les GIR ont été mis en place pour un travail pluridisciplinaire engageant police et gendarmerie nationales, douanes, et les services fiscaux, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l’emploi.</I>

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