La lettre à Lulu
n°39 - avr

Dura lux sed lux. Le lampiste sous l’éteignoir



Avec ses p’tites lumières, il fait la nique aux étoiles. À Saint-Nazaire, les illuminations de Yann Kersalé font partie intégrante du décor, du patrimoine et de la marque nocturne de la ville. Pas question de faire nuit noire. À Nantes, le même artiste est subrepticement passé aux oubliettes. Escamotés, les lumignons de la Cathédrale, qui est désormais éteinte, le dispositif partiellement démonté, sans qu’il en soit officiellement avisé. Le bonhomme a du talent à revendre, et du tempérament à donner. Son premier projet s’appelait «La Ville Fleuve», et devait figurer en lumière la résurgence de l’eau disparue de la ville, sur plusieurs monuments emblématiques dont la Bourse, le théâtre Graslin, la Préfecture... La Ville a choisi de réduire ça à la Cathédrale, avec un pendant minimal sur la tour Bretagne. Square Fleuriot, on installa quand même les totems de béton incrustés de moniteurs télé, où devaient se lire les palpitations des marées donnant le pouls des lumières sur les monuments. On n’a rien vu. Installées en 1992, les lumières bleues du fronton de l’église ont été éteintes il y a cinq ans, quand les Monuments Historiques ont attaqué la façade pour la restaurer. «C’était l’occasion de remettre le matériel à niveau», se réjouit alors l’auteur. Lors de l’installation, la fibre optique était à ses débuts. Technologie parfaitement maîtrisée industriellement depuis. Mais non. La Ville garde le doigt sur l’interrupteur. Yann Kersalé ne sait toujours pas si c’est provisoirement définitif ou définitivement provisoire. Ou dérisoire à l’infini. «Le silence est assourdissant, confie-t-il à Lulu. Je n’ai aucun courrier officiel m’indiquant que le projet est terminé, ou abandonné. Je pense que certains auraient préféré une illumination pâtissière, de la décoration comme on en voit partout, copié d’une ville à l’autre. Les lobbies des concepteurs lumière et des fabricants de matériel font ça très bien. On choisit sur catalogue, comme du papier peint. Je suis en rupture totale avec cet esprit normalisé.» La normalisation ? Une éteinte à la liberté de l’artiste.

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