La lettre à Lulu
Lulu 58 - décembre 2007

Embobinement durable. Ecolo, la tête à Toto



Qui qu'a fait vroum ? Roulez masqué
L'embrouille, c'est une affaire qui marche ou un truc qui roule ?

Nantes métropole a tenu le 12 octobre une journée d'étude intitulée "Maîtriser l'étalement urbain : quels enjeux ?" Un truc en vase clos destiné aux décideurs, aux "grands acteurs publics" et aux techniciens des services de l'agglo.

On a pu y remarquer un certain Jean-Pierre Orfeuil, présenté comme "urbaniste de l'Institut d'Urbanisme de Paris, Université Paris XII" et baratinant sur "les mobilités : des modes de vie aux déplacements". Or, ce brave homme est aussi accessoirement membre du conseil scientifique et d'orientation de l'"Institut pour la ville en mouvement", association créée en juin 2000, et largement subventionnée, par PSA Peugeot Citroën. Sur le site de cet "institut", le terme mobilité fait consensus. Mais difficile pourtant d'y trouver le mot voiture ou automobile ou encore pollution. Parfois, le lobbyiste automobile tient des conférences plus conformes au financeur de l'institut, du style "L'automobile en France : comportement, perceptions, problèmes, perspectives".

Trois jours plus tard, le 15 octobre, la Norvège interdisait définitivement les pubs pour des voitures se prétendant "propres" ou "respectueuses de l'environnement", considérant que les voitures ne peuvent qu'être plus ou moins polluantes et plus ou moins la cata pour l'environnement (faut dire que les Norvégiens n'ont pas de constructeurs automobiles à soutenir). Considérant ces qualificatifs absolument inadaptés à la voiture, les autorités norvégiennes ont tranché. Selon l'"ombudsman" de la consommation, un genre de médiateur entre autorités et public, "les automobiles ne peuvent rien faire de bon pour l'environnement à part produire moins de dommage que d'autres voitures". Ce qui n'est pas le cas pour les instituts bien pensants qui ne cherchent qu'à se mobiliser pour la mobilité.

A toute berzingue. L'avion sans empreinte

Le rapport de la chambre régionale des comptes sur l'aéroport de Château-Bougon a un chapitre "impact environnemental". On apprend qu'il y a déjà une "charte pour l'environnement" et qu'une seconde est en cours de gestation. Sinon, il n'y est question que de gêne sonore, de réduction du trafic de nuit et même d'une "taxe sur les nuisances aéroportuaires" versée par les compagnies aériennes. Dernier point : la collecte des eaux usées. On croit rêver. C'est tout pour l'impact sur l'environnement. L'empreinte écologique faisant le compte de l'énergie cramée par voyageur en comptant tous les éléments induits, on ne doit pas en entendre parler. Les empreintes, ça s'efface. Ou alors on laisse ça aux archéologues du futur. En attendant, dans les gogs de l'aéroport, on va couper les feuilles de PQ en deux. Sauvons la planète.

C'est du vol. Ticket perdant
Sabotez ce transport en commun que je ne saurais voir


Bagnole, avion. Essence, ou diesel, et kérosène à gogo. C'est le cocktail écolo de l'aéroport actuel. Bien sûr on peut prendre un bus pour rallier le centre-ville. Mais on ne peut pas dire que ce soit très encouragé. Le recours au taxi plafonne à 5% des passagers. Le transport en commun régresse. La gestion des parkings est un bizness juteux qui ne souffre pas de concurrence*. L'offre de stationnement a augmenté de 28% entre 2000 et 2005. Presque doublé. Un rapport récent de la chambre régionale des comptes confirme cette analyse. "Une étude a été menée en novembre 2003 pour développer l'offre concernant la navette de transports en commun, mais l'aéroport n'a pas donné suite. Cette étude concluait que la faible utilisation de cette ligne était imputable au déficit de notoriété de ce service auprès des passagers, à l'inadaptation des horaires et à la fréquence insuffisante des navettes ainsi qu'au prix du billet". Six euros le trajet, c'est pas très tentant.
* Voir « Un aéroport ravitaillé par les corbeaux et les taxis », Lulu n° 56, mai 2007

Courage, fuyons. Respirez un an sur deux
Étant donnés les dépassements de pollution en ville, on est prié de ne respirer que les années impaires.
On vous bassine régulièrement avec ça : Nantes est plein de bon air, les bons vents dominants d'Ouest repoussent la pollution de la ville vers la douceur angevine. Ne croyez pas ces bobards. Reste que les mesures réalisées au premier semestre 2007 dans le bas de la rue Paul-Bellamy, donc plein centre, révèlent que ça gaze trop bien aux heures de pointe. Les z'autos en furie crachent leurs doses d'oxydes d'azote, de monoxyde de carbone et de poussières fines en suspensions, pudiquement dénommée PM10. Les bus diesels en prennent aussi pour leur grade, plus pollueurs, autrement dit "plus émetteurs en dioxyde d'azote que les véhicules particuliers".
Les mesures ont été réalisées du 10 janvier au 15 juin par Air pays de la Loire, la très officielle officine chargée de regarder "les niveaux d'exposition de la population". En d'autres termes, vérifier s'il ne faut pas rester en apnée pendant quelques semaines si ça craint vraiment trop. En moins de six mois, on a déjà plus de pollution au monoxyde d'azote que le seuil annuel admissible. "Ce risque n'est pas spécifique à la rue Paul-Bellamy", note le rapport d'étape. La valeur limite est déjà supérieure à l'"objectif de qualité" selon le jargon en vigueur. Tout a été dépassé en 2006 dans la rue du Maréchal-Joffre et en 2005 dans la rue Crébillon. Mais il faut attendre fin 2007 pour "définir de façon complète les dépassements des valeurs réglementaires" basés sur une année entière de mesures. D'ici là, il est conseillé de s'acheter vite un tuba, mais d'en boucher soigneusement le tuyau. Partout ailleurs, c'est pas mieux. Au-dessus, les avions qui sillonnent le ciel. En dessous les taupes péteuses.

1 2 3 4


Lu 2946 fois