La lettre à Lulu
Lulu 66 - novembre 2009

Enduire sans rire. Ouest-France, club de rencontre


Pour le hardi quotidien rennais, l'occupation est une période qui fâche.


Enduire sans rire. Ouest-France, club de rencontre
Le port du voile est obligatoire à Ouest-France. Le voile pudique, s'entend. Quand des salariés de la chaîne locale Nantes 7, qui appartient encore majoritairement à Ouest-France, poussent la porte du quotidien bien pensant pour réclamer une entrevue avec un ponte, ça donne une occupation de locaux. Qui dure huit heures. Ce n'est pas rien. Une partie de ces pacifiques occupationneurs a quelques soucis à se faire : le dernier plan de reprise, celui de Télénantes, soutenu par la mairie, leur désigne la porte de sortie version licenciement. Reclassements, primes spéciales pour être balancés comme vieilles chaussettes ? Pour avoir une réponse de leurs actuels patrons, il aura fallu insister huit heures à encombrer les couloirs d'Ouest-France pour arracher la promesse d'une rencontre et de négociations. « Dire sans nuire, montrer sans choquer, témoigner sans agresser, dénoncer sans condamner », dit la charte de bonne conduite régulièrement mise en avant par la direction d'Ouest-France. Préceptes rappelés par le syndicat national des journalistes (SNJ), qui a montré comment ne pas nuire aux intérêts de l'actionnaire principal visé. Comment ne pas se choquer, s'agresser, se condamner soi-même ? Il suffit de manier l'euphémisme au marteau pilon. Dans les colonnes d'Ouest-France, une brève de 17 petites lignes, morceau de bravoure minimaliste télécommandé en direct depuis le siège rennais : l'occupation est ainsi devenue une « rencontre des salariés de Nantes 7 avec Sipa-Ouest-France », groupe auto-présenté comme « un des actionnaires de l'ancienne société ». Tant de distance avec l'évènement honore ceux qui ont su éviter le piège de trop s'impliquer. « Triste épisode d'une censure qui ne veut pas dire son nom », commente le SNJ. Ces syndicats sont d'un ronchon.

Qui a dit que le devoir d'information était ténu ? Et que les faits étaient têtus ? Tu t'es vu quand tu t'es tu ?

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