La lettre à Lulu
n°20 - oct

Esothermie. La bidouille ne fait pas le moine-comptable


Une fois les aides cueillies, les licenciements faits en douce, le projet ronflant tourne en eau de bouddha.


A 35 ans, Pascal Goyer est un fils à papa que les incohérences n’étouffent pas. Il se dit moine bouddhiste, altruiste, mais licencie sans état d’âme tout son petit monde. A la tête d’un cabinet de conseil comptable chasseur de frais généraux et dégonfleur de fiscalité, Pascal Goyer rencontre un jour le jeune inventeur d’un modèle de chaudière simple, économique, facile à monter, aux pièces interchangeables, livrable en kit. Un genre de 2 cv du chauffage domestique. Suren Industries, la société montée en commun, emploie quatre personnes en mars 1998, quand Pascal Goyer dépose un dossier à la Région pour bénéficier du programme Elan. Il obtient que le Conseil régional verse la moitié des six premiers mois de salaire d’un cadre commercial chargé de créer un réseau de chauffagistes agréés. Comme il faut que l’activité ait l’air d’une extension nouvelle et innovante, on bidouille en faisant la demande au nom du cabinet d’expertise comptable de Pascal Goyer. Mais aussitôt l’aide octroyée, les cieux ne sont plus favorables. Amateur de pensées orientales, de numérologie et de sciences occultes, Pascal Goyer qui prend souvent ses décisions après avoir tiré les cartes, fait machine arrière. Aucune pièce n’arrivera jamais au Pellerin à l’atelier prévu pour l’assemblage des chaudières qui devaient être peintes en jaune et or, couleurs chères à Bouddha, comme dans les restos chinois. Les licenciements des quatre salariés de Suren, laissent en sursis le cadre Elan pour éviter d’avoir à rembourser les aides publiques, et l’ouvrier plombier qui doit se contenter de poser de simples baignoires. Aux oubliettes, le développement présenté pour obtenir les aides Elan. Le recours à ce programme destiné à créer de l’emploi se solde finalement par trois personnes virées à la fin de l’été. Les nouveaux chômeurs seraient ravis d’apprendre que dans le même temps, ce patron atypique, héritier d’une fortune paternelle construite dans les années cinquante en vendant des machines agricoles, a englouti un paquet de dollars pour faire construire un somptueux temple bouddhiste à Vientiane, au Laos. Ils n’aimeraient pas savoir non plus combien ont coûté les séances de psy canine payée à un éthologue qui a décrété que le chien du boss, cloîtré dans le château de son maître, a des troubles de comportement et qu’il doit traîner ses poils au bureau pour soigner sa solitude. Les licenciés, eux, gèreront leur solitude dans la file de l’ANPE.

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